Archives du 05/01/2014

Aux « Bouffes du Nord » : pas du tout Purcell que l’on croyait

Dans ce Théâtre des Bouffes du Nord qui a gardé en lui l’ombre portée de Peter Brook, et dont l’architecture non ravalée, depuis qu’il fut réouvert en 1974, participe de la mise en perspective de ses spectacles, Le Crocodile trompeur/Didon Énée« d’après Henry Purcell et autres matériaux », s’ébat (le 2 janvier) dans la joie, le rire, le délire, l’absurde, la cocasserie, tout en réussissant à intégrer cette débauche d’artifices dans la musique et les chants merveilleux de l’opéra du compositeur anglais.

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La scène, très profonde, est le lieu de rencontres incongrues, de mouvements insolites d’objets, de mécaniques pilotées automatiquement, d’empilements de choses hétéroclites, au milieu desquels les acteurs, tous musiciens ou chanteurs, se heurtent, se déploient, se surplombent ou s’écrasent (l’harmonium des sphères !) et puis laissent soudain la musique dépasser, outrepasser la matérialité, et montrer ainsi qu’elle n’est pas plus réductible aux instruments qui la créent ou aux voix qui la modulent.

Cette alliance improbable d’une sorte de remaniement sans queue ni tête (sauf celle, pure, de la biche qui sera accrochée comme un trophée au mur) avec l’opéra nous conte l’abandon de la reine Didon par Énée, lui qui part pour aller fonder Rome, et elle qui en meurt de chagrin.

Didon3 BDN_Victor Tonneli-Artcomart(Photo Victor Tonneli/Artcomart)

Mise en scène constamment inventive de Samuel Achache et Jeanne Candel, scénographie surprenante de Lisa Navarro, musique sans chef d’orchestre mais sous l’impulsion millimétrée de Florent Hubert, et alors la superbe Judith Chemla (également actrice de cinéma) dans le rôle chanté de la reine en robe longue et verte, nous donnant à écouter tout à coup le bruit rythmé de son sein gauche.

Il sera temps plus tard de relancer le CD de Purcell, pour prolonger ou doubler le spectacle réussi de cette « version jazzy », comme l’écrivait Fabienne Darge dans Le Monde du 27 février 2013 (eh oui, déjà presque un an d’existence pour cette création !), ou plutôt une « version baroque » – au sens de singulière vision étrange mélangée de vif plaisir auditif.

Didon4_DH(Toutes les photos peuvent être agrandies.)

(Henry Purcell, La mort de Didon)

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