Brassaï, « pour l’amour de Paris » et sans une brassée de photos (interdites)

L’expo sur le photographe Brassaï, à l’Hôtel de ville de Paris, se termine le 8 mars.

Parfois, je passais devant la file d’attente et je pensais que je finirais sans doute par abdiquer. Et puis, mercredi matin, j’y suis allé, avec deux accompagnatrices, à 9 heures 30 : nous étions les premiers !

Il a quand même fallu poireauter dans le froid durant quarante minutes, les cerbères n’ayant ouvert l’accès qu’à 10  heures 10.

Ça commençait mal car le détecteur d’objets métalliques se mit à biper à cause de mon sac à dos : le couteau suisse s’était fait repérer, je l’ai donc abandonné contre un ticket rouge me permettant de le récupérer à la sortie.

J’aime bien les expos de l’Hôtel de ville car on emprunte toujours, après avoir exploré le rez-de-chaussée, l’escalier du premier étage, par un bout ou par l’autre, et la grande galerie lumineuse.

Les photos de Brassaï nous montrent un Paris comme déjà perdu, enveloppé d’une sorte de silence brumeux, neigeux, ombrageux, plus noir que blanc.

Ses portraits de célébrités, comme le groupe de la pièce de théâtre Le Désir attrapé par la queue écrite par Picasso (1941), avec Sartre, Simone de Beauvoir, Leiris… puis, dans un autre endroit, la même Simone, sont empreints de calme et de sérénité.

Ayant aperçu une femme qui photographiait avec son iPhone, j’en ai fait de même avec mon Samsung un peu plus loin.

Évidemment, cela n’a pas raté. Un gardien m’a foncé dessus :

– Monsieur, il est interdit de prendre des photos !

– Mais je viens de voir quelqu’un qui justement en faisait, alors j’ai cru…

– Non, c’est interdit !

Et il a tourné les talons.

J’ai donc parcouru l’expo en regardant sans cesse si tel ou tel gardien (mais il y a aussi des caméras de vidéosurveillance accrochées à tous les plafonds) n’était pas dans les parages pour m’obliger à effacer les quelques clichés saisis à titre de pur souvenir et non dans le but tordu d’une improbable exploitation commerciale.

Le paradoxe veut qu’une application, disponible pour tablettes ou ordinateurs, permette de consulter librement une partie des photos qu’il est interdit de capter sur place ! Sans compter les innombrables émissions de télé, articles de presse papier, vidéos, sites journalistiques ou autres, et blogs qui rendent comptent de cette manifestation et en déroulent presque toutes les images.

« Découvrez l’univers du célèbre photographe Brassaï à travers plus de 30 photos issues de la grande exposition Brassaï: pour l’amour de Paris dans une application à télécharger gratuitement pour votre tablette (iPad ou Android) mais également pour votre ordinateur (au format Adobe Air).

Plongez dans les moindres détails de ces photos emblématiques de l’œuvre de l’artiste qui nous ramène dans le Paris des années 30-40 avec ses vues de Paris la nuit, les grafftis (sic), la vie nocturne, les amoureux… »

Enfin, l’expo est intéressante également par la modestie reconnue de l’artiste et celle accordée à la mise en scène de son œuvre : alors, respectons Brassaï l’humaniste et les lois (quasi darwiniennes) de la reproduction.

Brass1_DH

Brass2_DH

Brass3_DH

Brass4_DH

Brass5_DH

Brass6_DH(Simone de Beauvoir, Le Flore, 1944)

Brass7_DH

Brass8_DH

Brass9_DH

Brass10_DH

Brass11_DH

Brass12_DH

Brass13_DH

Brass14-bis_DH

Brass14_DH(Photos : cliquer pour agrandir.)

Tagué , , , , , ,

14 réflexions sur “Brassaï, « pour l’amour de Paris » et sans une brassée de photos (interdites)

  1. brigetoun dit :

    là je l’ai vraiment vécue avec vous cette exposition (enfin pas les oeuvres, le contexte – et gare, ne pas oublier le commissariat)

  2. emmenez-moi un jour avec vous, ce doit être terriblement enrichissant 🙂

  3. @ colorsandpastels : surtout quand l’expo est gratuite…

  4. Merci de nous faire partager avec humour les petites appréhensions que la télésurveillance transforme en faculté de voir encore mieux, ainsi que de communiquer si admirablement les émotions se déroulant à l’intérieur ou à l’extérieur (de l’exposition, des œuvres ou de l’esprit du visiteur-guide) dans leur justesse et sincérité.

  5. @ biscarrosse2012 : merci pour ce coup de chapeau ! 🙂

  6. Dom A. dit :

    Récemment dans une expo en Allemagne, je voyais un visiteur obligé de vider sa carte SD sous l’oeil plongeant du gardien; heureusement que ce n’était pas un film argentique, on se serait cru dans un vieux « thriller » !

  7. PdB dit :

    il y a même un lacan flou dans la photo diable queue etc… (http://expositions.bnf.fr/sartre/grand/099.htm)
    (comme quoi, tout arrive) les reflets de l’immeuble qui accueille le bazar sont magnifiques) (comme d’hab c’est vrai)(pour les photos interdites, il y a là quelque chose de rétrograde, mais nos contemporains (suivez mon regard, copé à oilpé, balkani et la vidéo surveillance de ses comptes en banques caïmans ou autres, j’en passe, ça donne envie de vomir) ont des comportements qui hérisseraient même les photographies)

  8. @ PdB : normal, Lacan a toujours été sensible à ce queue le langage exprime.

    Photos interdites : ça fait sourire, en réalité. Je n’ai pas acheté pour autant le catalogue.

  9. Je trouve cet article très complet soit dans l’esprit soit dans la documentation photographique, dans une double vision; mais le top c’est le chien !

  10. alainlecomte dit :

    et oui… ces interdictions. L’autre jour, même chose pour l’expo Polke à Grenoble: il est permis de photographier les oeuvres de l’expo permanente mais pas des expositions temporaires! Alors qu’en fait, en photographiant et diffusant ces oeuvres, on ne fait que leur faire de la pub…

    • @ claudiapatuzzi : le chien est là pour rappeler les visiteurs évaporés au sens civique imposé !

    • @ alainlecomte : mais ils pensent ainsi vendre leurs catalogues alors qu’on trouve l’essentiel sur Internet !
      Au FRAC de Dunkerque, on peut photographier librement (sauf au flash, mais qui aurait cette envie saugrenue ?).
      Deux poids, deux mesures : approche ouverte vs approche administrative ou purement « commerciale ».

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :