Couleurs Magenta [2/2]

Une sorte d’exotisme, comme si on était soudain transportés dans les années trente, avec ambiance orientale, chèches rouges sur le trottoir et convivialité chaude.

Le Louxor est sans conteste redevenu un des plus beaux cinémas de Paris – et ni pub ni annonce débile concernant les téléphones portables à éteindre dans la salle… et en conduisant (comme le remarquerait, une fois encore, PdB).

Hier, j’ai testé le premier balcon : la vue se campe moins en contre-plongée que le parterre, même si l’impression de l’immensité de la salle en est un peu comme réduite.

Le film Ida apparaît alors somptueux, impressionnant et impressionné lui-même au maximum : un noir et blanc contrasté, des plans tous fixes (interrompus seulement par de rares travellings dans la ville reconstituée d’époque et sur la route aventureuse) et un jeu des actrices et acteurs corseté par une sobriété toute « bressonienne ».

Hiératisme, au sens pas uniquement religieux, liturgique, mais bien rigoriste, profond, abîmé dans la pensée ou l’inconscient, dans le désir refoulé puis naissant : Pawel Pawlikowski est bel et bien un vrai cinéaste, c’est-à-dire un artiste.

Il ne s’agit pas ici d’un fim où ne jouerait qu’un « pur formalisme » comme certains ont cru pouvoir le qualifier, mais d’une réflexion politique sur la Pologne, celle de l’antisémitisme de ce pays, puis l’après-Holocauste, l’empire du stalinisme (avec une « juge rouge » à sa botte, qui boit pour oublier), le poids de la religion catholique et de la misère individuelle et, malgré elle, la tentation (ou tentative) du bonheur pour des « égarés » hors du système.

Que la jeune Ida, malgré ses vœux accomplis de religieuse, succombe finalement, lors d’une escapade, à celui qui interprète sur son saxo alto le célèbre Naima de John Coltrane montre que tout n’est pas perdu quand – parmi d’autres circonstances – certaines musiques peuvent résonner jusqu’à l’âme.

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Magenta16_DH(Toutes les photos sont agrandissables.)

(John Coltrane, Naima)

[ ☛ FIN ]

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16 réflexions sur “Couleurs Magenta [2/2]

  1. brigetoun dit :

    une fois encore me donnez envie de cinéma, même sans le Louxor
    une fois encore plaisir des photos et du petit contrepoint hommes en noir/police que j’ai cru voir
    plus Coltrane – bon vais entrer dans le jour

  2. @ brigetoun : une réhabilitation totalement réussie…

  3. NP dit :

    Excellent cinéma où j’aime me rendre. J’apprécie comme vous ce cinéma qui a su attirer les cinéphiles tout en gardant son look Barbès.

  4. @ NP : et même une sorte de ciné-club, de temps en temps !

  5. CheVuoi dit :

    Le Louxor est vraiment un bel endroit et il y a une jolie vue sur le quartier depuis la terrasse du café . Et quel film en effet, une mise en scène magistrale et ce que vous développez sur la réflexion qui y est menée est très juste. Une des dernières scènes peut être un peu trop démonstrative . Mais c’est vraiment une petite réserve.

    • @ CheVuoi : Oui, le soir, le néon de l’enseigne Tati (vue du bar tout en haut), sur l’immeuble du bd de la Chapelle, illumine de manière surréaliste un panorama imprenable !

      La scène à laquelle vous faites allusion sort justement de la retenue de l’ensemble du film et le fait comme éclater au final (mais c’est mon avis perso !).

  6. Les mannequins de plus en plus inquiétants avec cette intervention de la police que je ne peux m’empêcher, c’est toute la force de votre construction, de mettre en lien avec l’univers totalitaire que décrit, si j’ai bien compris, Ida. Du coup, je lis danger, et non plus Tanger sur le scooter de hier.

  7. @ Julien Boutonnier : vous (puisque tu as changé tes apostrophes) avez de bons yeux.

  8. D’abord, la joie d’aller au cinéma, ensuite la joie d’espérer (chacun selon ses possibilités), enfin la joie de vivre, tout en profitant d’une rencontre entre les délires de la religion et les facultés explosives de la musique. Merci, Dominique de nous avoir rendu cela… et beaucoup plus !

  9. PdB dit :

    j’y étais hier soir (salle 3, en bas) voir le film (légèrement sanguinolent mais plutôt bien) de Steve Mac Queen (pas celui de « au nom de la loi ») « 12 years of slave » (le distributeur ,ne s’est pas donné la peine de traduire ce titre) et c’est vrai que ce cinéma-là vaut le détour (il y avait programmé pour le ciné club « Stella Femme libre » avec Mélina Mercouri, de Michael Cacoyannis)

    • @ PdB : on sait que « le vrai » Steve McQueen a été victime d’une embardée fatale il y a déjà quelques années.
      Oui, j’ai failli aller à la séance « ciné-club » car la BA avec Melina Mercouri (un film non diffusé en France depuis… 1955) était tout à fait attractive.

  10. Merci, Dominique, pour le beau article***, cette promenade avec trois mannequins vus de dos et, enfin, le film » Ida » que je voudrais voir le plus tôt possible (lié au passé et, surtout au notre présent européen en équilibre instable, Ukraine incluse ); après je te dirai mes impressions.

  11. czottele dit :

    bien vu » l’observateur observé » (ou le photographe photographié) de la dernière photo… et j’ai bien envie de m’offrir un petit voyage à Paris pour le Louxor et Ida…

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