Archives du 22/02/2014

« Bethléem », un film à pierre fendre

J’avais beaucoup apprécié le récent Omar, qui « traitait » aussi des services secrets israéliens et du problème palestinien. Ici, le film Bethléem, vu jeudi, reprend un peu la même thématique, celle de l’infiltration ou du « retournement », par le Shin Beth, d’un adolescent arabe intégré à un groupuscule terroriste.

L’originalité de ce film haletant, dénué de tout relâchement dans la tension, la caméra sans cesse sur la corde raide, tient dans la relation quasi filiale établie entre l’agent israélien Razi et son jeune « informateur » palestinien, Sanfur, conduit jusqu’au bord de la trahison des siens.

La mise en scène du cinéaste israélien Yuval Adler, sur un scénario du journaliste palestinien Ali Waked (voir leur interview dans L’Humanité) se révèle d’une efficacité constante : par exemple, la scène de l’attaque de la maison où se cache le frère de Sanfur, responsable d’un attentat, frappe très fort (elle n’est pas sans rappeler, dans une moindre mesure, celle du film Zero Dark Thirty sur la mort de Ben Laden).

Contrairement à ce qu’affirme ici un des deux critiques  (sponsorisé par Adidas ?) du Monde, le film Bethléem réussit à éviter tout manichéisme (style « propagande pro-israélienne »), tout point de vue « blanc ou noir » le keffieh marie les deux couleurs ou toute vision simpliste, grâce à la finesse de l’analyse des comportements (le chef des services secrets israéliens est montré sans la moindre complaisance), et de la complexité de la situation politique sur le terrain, avec l’utilisation de cadrages larges et balancés.

Le film lui-même semble comme « infiltré » par une sorte d’humanisme mêlé de fatalisme, où l’affection se trouve détruite par les intérêts idéologiques : l’Intifada devient alors intérieure et partagée de force jusqu’à sa cruelle irréversibilité.

Bethléem MK2 Beaubourg_DH(Paris, MK2 Beaubourg, 3e, le 20 février. Cliquer pour élargir l’angle.)

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