Archives du 28/02/2014

Barrières contre le ciel

Sur tous les ponts il a été désormais instauré un péage, en plus de ceux qui ont été installés aux portes de la ville. Des barrières, qui rappellent celles à damiers des douanes aux frontières d’antan, se lèvent et s’abaissent périodiquement, une fois la taxe acquittée par les automobilistes, les utilisateurs de deux-roues et les simples piétons.

Certes, ce dispositif crée des embouteillages mais cela permet de ralentir la circulation et de faire baisser le taux endémique de mortalité.

Les passants, qui portent un casque orange devenu obligatoire, sont ainsi prémunis, notamment au cas où la barrière s’abattrait inconsidérément sur leur tête.

Si l’on regarde vers ou contre le ciel, dans la perspective rouge et blanche, on pense qu’il existe encore un espace sans restrictions, presque infini, mais ce n’est qu’un trompe-l’œil. Les barrières invisibles de la circulation céleste (une histoire de couloirs, d’horaires, d’autorisations de survol…) quadrillent l’éther et peut-être aussi l’éternité.

Même les oiseaux, mouettes, corbeaux, pigeons ou quelques rares pies – qui se croient libres comme l’air – sont soumis à des contrôleurs aériens (on a embauché à tours de bras) et leurs déplacements soigneusement surveillés et punis mortellement, en cas d’infractions, par les drones de la Sécurité.

Dans l’eau du canal, il n’y a plus de poissons car des silures assermentés « Préfecture de police », avec un badge clipsé sur le dos, font régner l’ordre des choses et la terreur des mâchoires. Même les hommes-grenouilles ne s’y risquent plus.

Des bouées ont été placées bien en évidence le long des rambardes des ponts : en cas de suicide, et de procès éventuel, la municipalité peut arguer que tout a été prévu pour essayer de sauver les irresponsables dont le nombre serait en augmentation sans que l’on sache pourquoi.

Barrière_DH(Paris, 26 février : cliquer pour ouvrir la photo.)

(Jefferson Airplane, Have You Seen The Saucers)

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