Archives du 26/04/2014

Courts traits (photographiques) en Belgique [2/2]

Jamais je n’étais encore monté dans un avion (j’avais une quinzaine d’années) et le manège était comme le substitut d’un aéroport : décollage immédiat. Quand je me suis installé dans la petite carlingue, mon frère avait choisi un autre modèle juste derrière moi, je m’imaginais déjà aux commandes d’un avion de chasse et j’allais pouvoir dézinguer avec mes mitrailleuses quelques Messerschmitt arborant une croix noire sur leurs flancs et sous leurs ailes.

On a quitté le sol, on a pris de la vitesse et ça a commencé à tourbillonner de plus en plus fort. La ville de Vesoul (70), ce soir-là, était minuscle vue de haut, je repérais au début le marchand de journaux, la boulangerie, l’épicerie, et puis les magasins commençaient à se fondre dans l’obscurité grandissante et ils s’enchaînaient les uns aux autres – comme si le manège, c’était eux ! – on aurait dit qu’il n’y avait plus aucune précision à laquelle se raccrocher, tous les détails (voitures garées, piétons le nez en l’air, circulation avec feux rouges ou verts…) avaient soudain disparu.

Un peintre fou semblait mélanger à toute berzingue les couleurs sur sa palette, Jackson Pollock aspergeait l’espace par-dessus bord et dans tous les sens.

Je ne savais plus ce qu’était l’horizon, le plat, le droit, le calme, la trajectoire bien programmée : mais je ressentais une secousse circulatoire ininterrompue, le défilement impossible à fixer du paysage nocturne comme s’il était propulsé dans une ronde infernale, il montait, il descendait (anticipation des vrais trous d’air !), il tournoyait et sans cesse, et sans cesse, et sans cesse…

Nous av(i)ons enfin atterri. Je descendis, les jambes en chewing-gum, la tête dans les étoiles filantes : le bringuebalement continuait de plus belle. J’ai soudain vomi sur le macadam de la place de la République, et jamais je ne suis plus remonté dans un manège pour aviateurs en herbe.

Quand j’ai vu les machines planantes, secouantes ou torturantes de Courtrai, je me suis demandé comment ils faisaient, les gens perchés dans les hauteurs, pour tenir le coup et encore respirer ?

Les autos tamponneuses, alors, là, oui (pas de radars), mais les petits avions ou dorénavant ces énormes casse-têtes mécaniques, ces grues à pistons, ces soucoupes volantes, ces catapultes, alors, là, non : je les préfère en photos, nettement.

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Courtrai23_DH(Photos : cliquer ou bouger des doigts pour agrandir.)

(Duke Ellington, Perdido)

 [ ☛ FIN ]

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