Archives du 30/04/2014

Paysages sans musique ?

En réalité, pourquoi faudrait-il plaquer de la musique sur un paysage ou sa représentation photographique ?

Un paysage est musique en lui-même : ses couleurs sont des notes, les fils électriques qui le traversent leurs portées, et la baguette du chef d’orchestre se trouverait, dit-on, dans le ciel, donnant leur cadence aux nuages.

Sur ce blog, il n’y aura d’ailleurs plus de musique de la même manière qu’avant (un jour, il n’y aura sans doute plus de blog), mais est-ce important, au fond ?

La nouvelle version de WordPress, dite 3.9, est merveilleuse !

Les anciens posts de Métronomiques (celui du 28 avril a marqué la rupture) ont soudain presque tous perdu leur accompagnement musical : sans doute était-ce redondant, superflu, ça tournait en boucle, et qui les écoutait ?

Une histoire de « thème » ? Vous avez dit Chunk ou bug ? Un peu chinois, non ? « Un gros morceau… un quignon… » (ça ne mange pas de pain pour les informaticiens).

Les nouveaux posts se mettent dorénavant ici à l’unisson – si j’ose dire – et maintenant le silence pourrait idéalement régner le temps de la lecture, juste troublé par le léger frottement dans l’air pendant l’aller et retour des yeux sur l’écran, et l’image (sauf en cas de voix importune enregistrée, mais ce n’est pas le même genre de fichier) se dresser alors, hiératique, seule, impériale, et le texte, s’il y en a un, se dérouler de manière inexorable jusqu’à son terme sans aboutir à une sorte de fanfare terminale peu discrète et, pour tout dire, parfois gênante.

Alors que chacun peut créer, imaginer, fantasmer, délirer, lancer des sonates, des symphonies, des rumbas, des cake-walks, des tangos, des one-steps, des valses lentes ou rapides, des blues, des impros illimitées, des musiques répétitives (plusieurs fois), ou concrètes, ou modernes, ou contemporaines, sur ce qu’il regarde : soyons créatifs, ne nous laissons pas dicter nos bandes-son, choisissons-les dans nos iPod intérieurs, dans notre « play-list » mentale.

Pourtant il reste possible, même pour ceux qui utilisent encore des blogs préformatés de manière industrielle, d’introduire tout simplement un lien sentimental vers une source musicale cachée sous les lignes et les mots.

« Ce rapport de Courbet au paysage qui l’entoure, dont il se sait et se veut entouré (il est significatif que le tableau dans le tableau, celui qu’il est en train de peindre dans L’Atelier, soit justement un paysage), la source de la Loue en est la condensation. Cette fois (et toutes les fois, dans toutes les versions), il n’y a plus de bords, plus de ciel, les Sources sont des plans rapprochés qui ne cadrent que leur sujet, et rien d’autre. Parce que ce sujet, le jaillissement de l’eau hors du trou noir situé tout en bas de la haute falaise grise qui ferme le fond du vallon, non seulement se suffit à lui-même mais a la valeur, la résonance et la densité d’un point : l’infini dont parle Élisée Reclus est là, mais comme non déployé, sur un seuil. » (1)

Sois calme, ô mon paysage…

Paysages1_DH

Paysages2_DH

Paysages3_DH(Le 20 avril, route reliant Lille à Paris. Cliquer pour agrandir.

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(1) Jean-Christophe Bailly, Le dépaysement, Voyages en France (Éditions du Seuil, 2011, Points 2012 N° 2888, p. 302-303).

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