Archives Mensuelles: mai 2014

Jean-Luc Godard (« Adieu au langage ») : au-delà du principe de plaisir artistique

C’est simple, évident, ça crève les yeux, Jean-Luc Godard, avec son Adieu au langage, rassemble en une heure et dix minutes, x la dimension 3D, tout ce qu’il aime, se remémore, crée, invente, imagine et pense.

Ce film est diffusé seulement dans deux salles à Paris : UGC Cité-Ciné Les Halles (1er) et Le Cinéma du Panthéon (5e).

Ici, Godard compose et fait défiler la couleur, la musique, l’espace mobile, les visages, les corps, les femmes, les hommes, les peintres, les cinéastes, les acteurs, les actrices, les nuages, les feuillages, les rivières, la pluie, le soleil à travers les arbres, les paroles, le va-et-vient des essuie-glaces d’une voiture, son chien (Roxy Miéville, crédité au générique de fin) sauvé des eaux, les raccords vrais ou faux comme les mouvements à la Wim Wenders, les dialogues coupés, les interrogations philosophiques, les questions sans réponses et celles qui tombent à côté de la plaque, la politique, la tectonique, les envolées lyriques ou prosaïques, les murs et leur traversée, les routes et leur sinuosité, les idées et leur complexité, l’Histoire et ses bégaiements, le discours et sa langue incompréhensible, les raisons et la déraison, l’amour et sa conclusion, la haine et sa forclusion, Nicolas de Staël et Schönberg, Courbet et Sartre, les références sans révérence, les allusions sans complications, la culture et la guerre incompréhensible, la pellicule comme le numérique, le noir et blanc comme le technicolor, les scénarios qui font quatre lignes, et les lignes d’horizon qui jouent le rôle du script, la voix off et la voix in, la profondeur de champ et le champ d’honneur où l’on s’abat, les avions bombardiers, les bateaux langoureux, le lac de Genève, la mise au point et le dédoublement (fermer de temps en temps un seul œil), la caméra sur rails et le story-travelling, la plongée dans les années enfuies et le passé qui s’est transformé en nous, les baisers et les mains de femmes, les grilles au travers desquelles le regard se faufile, la saturation des couleurs et la situation des douleurs, l’âge d’or et l’orchidée de Miss Blandish, Morocco et Constantine (Eddie), Artaud et Dreyer, les arts ne se comptent plus en numéros, Godard a dépassé le septième palier – avec ses piliers, ses samouraïs et ses mercenaires – ou les 39 marches, il a atteint l’au-delà du principe de plaisir artistique, il est désormais hors-normes, hors-cadre, hors-champ, hors-ligne, hors-texte, ou bien il s’est dissimulé, avec ses lunettes fumées, dans l’ombre portée, fantastique, du Horla ?

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Adieu4_DH(Photos prises à Paris le 28 mai. Cliquer pour élargir le cadre.)

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