Archives du 06/06/2014

Le pont Dieu était bouché

 Le tiers livre et Scriptopolis sont à l’initiative d’un projet de « vases communicants » : le premier vendredi du mois, chacun écrit sur le blog d’un autre, à charge à chacun de préparer les mariages, les échanges, les invitations. Circulation horizontale pour produire des liens autrement…  Ne pas écrire pour, mais écrire chez l’autre.

La liste complète des participants est établie grâce à Brigitte Célérier.

Aujourd’hui, j’ai de nouveau le grand plaisir d’accueillir ici Dominique Autrou, tandis qu’il m’a invité sur son blog la distance au personnage.

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Le cortège descendait la rue Alibert en provenance du Pré-Saint-Gervais, via les Buttes Chaumont. Il avait été décidé, cette année, que le Défilé National traverserait les anciens quartiers populaires de Paris, rendus depuis peu au commerce français de proximité ainsi qu’aux ouvriers authentiquement de souche (c’est-à-dire depuis plus de quatre générations), rapatriés depuis les barres de Deuil, et d’ailleurs. Enfin, la capitale exultait. Enfin, son homogénéité retrouvée !

Or, au débouché sur le quai de Jemmapes, il y eut un sérieux incident.

Contre toute attente, le pont Dieu était bouché. Ou plutôt, fermé à la circulation. Rien à faire, en dépit des efforts policiers, des aboiements de leurs chiens, sa barrière ne voulait pas s’ouvrir. Le gardien (un ancien pêcheur à la ligne abstentionniste récompensé après les élections par ce poste tranquille, en sus d’une baisse de ses impôts), convoqué sur-le-champ, ne put que bredouiller des excuses (« ah bah – eh ben chais pas – c’est pas français le matos »). Ah oui, diable oui, on était bien avancés.

Plusieurs années après cet évènement, les historiens s’accorderaient pour situer ici le premier acte de cyber-résistance, la barrière étant réellement pilotée par un ordinateur central en quelque sorte hacké par une organisation révolutionnaire évidemment interdite, mais dont certains membres avaient survécu, qui aux geôles, qui à l’expulsion, qui à la déportation, etc. On parlerait désormais de l’action Artemis.

Dans l’immédiat, le cortège dut se résoudre à emprunter l’escalier en chantant des cantiques à Saint-Martin. Pour finir, l’anicroche fut vite oubliée et ce fut le spectacle habituel de liesse admirable, au pique-nique (saucisson de l’Ardèche, rillettes du Mans, camembert de Normandie, fraises de Plougastel, vin d’Anjou AOC et autres joyeusetés régionales) organisé Nouvelle place Jeanne-d’Arc (anciennement place de la République).

La barrière 2.4.14_DH 2(L’image peut être agrandie.)

texte : Dominique Autrou

photo : Dominique Hasselmann

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