Archives du 10/06/2014

Les jours faisaient du surplace

Les jours ont passé, les jours se sont accumulés, empilés, jusqu’à former une montagne, un terril ou un iceberg qui au fur et à mesure de leur montée diminuait, se liquéfiait : la progression régressait dans le même temps, c’était comme faire du surplace et ce qui dépassait à la surface était soudain englouti et disparaissait dans les abysses.

L’existence des jours ressemblait à une illusion, à un numéro de cirque ou de cabaret, à un exercice de prestidigitation, la baguette magique était tenue par une main invisible. Le fondu-enchaîné des jours se déroulait inexorablement, le mot « Fin » n’apparaîtrait jamais.

Les éléments s’imbriquaient les uns dans les autres. La matière rougeoyait comme une longue coulée de lave dans un grondement à la fois terrifiant et silencieux. Le ciel n’existait plus en tant que tel, il n’y avait plus de séparation vers le haut. Aucun être humain ne se risquait dans les paysages, aucun animal n’était visible dans les parages.

Personne ne pourrait raconter le cataclysme, ce qui était la preuve qu’il s’était bien produit. Après Hiroshima et Nagasaki, la vie avait continué. Ici, aucun nom : qui aurait pu l’écrire ? L’uniformité de ce qui était advenu ne comportait d’ailleurs aucune aspérité propre à la moindre description. Le champ d’un noir infini occultait toute vision si elle avait pu s’orienter dans une direction quelconque.

Les repères faisaient désormais partie d’un catalogue d’objets introuvables. L’identité et donc l’identification n’avaient plus cours : le magma de l’indifférencié déroulait son cours sans que rien ne puisse l’arrêter. Les heurts, les klaxons, les cris, les paroles, les frôlements, les feulements, les crissements (le métro dans les courbes), les haut-parleurs avaient été mis sur « off ». La musique n’était plus qu’un souvenir, et les mots doux échangés entre deux amants la sonate d’un passé à jamais enfui.

L’indicible étendait sur le chronomètre journalier, désormais inutile, sa nappe comme un linceul. Les battements s’étaient éteints, le soleil gisait dans une mémoire-miroir, le disque dur de l’avenir avait craqué. L’acouphène d’une modulation étranglée avait pris le pouvoir sans partage. Des arbres avaient un jour poussé sur terre.

Ciel 9.6.14_DH(Photo prise hier soir à Paris. Cliquer pour agrandir.)

//// À compter de ce jour, Métronomiques reprend son cours normal. ////

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