Archives du 14/06/2014

Une drôle de salade dans la circulation

Souvent je me sens un peu à l’étroit. J’ai du mal à grimper dans mon espèce de triporteur puis à en sortir. Mais je n’ai pu m’acheter un « utilitaire », comme ils disent, et je n’aurais d’ailleurs pas su où le mettre pour la nuit : là où j’habite, dans le quartier de Belleville (rue Jules Verne), je le gare le soir dans la petite allée qui conduit à l’immeuble. D’ailleurs, personne ne le remarque, il fait partie du décor.

Quand je circule dans Paris, c’est bien pratique. Je colle la marchandise dans la benne arrière et je me faufile dans les embouteillages. Souvent je prends la voie réservée aux bus, aux taxis, aux ambulances ou à la police : si on me dit quelque chose, je m’en tire toujours car ce n’est pas comme si je conduisais une grosse BMW aux vitres fumées.

Parfois, j’aperçois des gens (surtout des touristes) qui me prennent en photo au volant car je leur rappelle l’Italie. Mais, moi, je pense plutôt à Darry Cowl, il nous avait bien fait rire, celui-là ! Je me demande s’ils repassent encore des fois son film à la télé.

Les cageots que je trimballe sont destinés à une épicerie « bio » : ça n’attend pas. Des carottes, des patates, des poireaux, des concombres, des tomates, des laitues… Le matin, je pars très tôt les chercher à la campagne et je les livre dans le 1er vers 7 heures, rue Montorgueil. Directement de la serre au portefeuille. Les clients du coin sont exigeants sur la qualité.

Dans la circulation, j’ai l’impression d’être un frêle esquif sur l’océan où j’affronte des squales, des requins, et j’ai même rencontré plusieurs fois un bus en forme de Nautilus. « Le flux les apporta, le reflux les emporte »… Le Cid, je m’en souviens (j’ai mon brevet, on dit qu’ils ont le projet, dans les hautes sphères, de le supprimer).

Un jour, je vais me faire emboutir, c’est sûr : mais il faut bien crever de quelque chose. Alors, une sacrée salade se répandra sur le macadam et les pompiers auront du boulot pour me désincarcérer. Je serai emmené dare-dare à l’hôpital, à moitié écrabouillé. Malgré la douleur, la musique répétitive de leur sirène me bercera.

Quelques voisins viendront peut-être me rendre visite dans le service Réanimation et je les entendrai murmurer entre eux : « Il est maintenant comme un légume ».

Nautilus 12.6.14_DH(Paris, 12 juin, bd de Magenta, 10e. Cliquer pour agrandir.)

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