Brigade de l’Assainissement National

Cette fois, il fallait mettre un terme définitif à ces dérives, à ces actes irrationnels, à ces comportements qui défiaient l’entendement.

Pourquoi se préoccuperait-on sans cesse de faire des économies budgétaires au lieu de s’attaquer au surplus humain, à la pléthore de population (principalement étrangère) qui était la cause du désordre généralisé, de la pagaille permanente et du bordel ambiant ?

Il ne s’agissait pas de créer un nouveau « ministère de l’Immigration », comme on avait pu en connaître à une époque révolue, mais bien de délimiter avec précision le champ d’intervention de l’État dans ce qui était son pouvoir régalien : le « permis de vivre » accordé à tel ou tel individu.

La natalité persistante et endémique, notamment celle de certaines populations d’origine exotique, représentait une menace qui, en ces temps de crise mondiale, sapait les bases mêmes du « vivre-ensemble » que des générations avaient réussi – au prix de quels efforts ! – à mettre sur pied et à maintenir dans notre beau pays.

Croiser dans les rues des villes, des banlieues, et même maintenant des campagnes les plus déshéritées, des hordes de personnes dont on voyait qu’elles sortaient apparemment de nulle part et se dirigeaient vers on ne savait trop où, inquiétait de plus en plus les citoyens en règle qui suivaient avec force scrupules la ligne de conduite décidée par l’autorité suprême.

Le « permis de vivre », qui avait dorénavant remplacé la simple carte d’identité, était délivré par le Ministère de l’Assainissement national (MAN). Les services compétents implantaient une simple puce RFID sous la peau du demandeur (généralement le bras ou la jambe, cela dépendait des disponibilités physiques offertes par le candidat), après qu’une enquête sérieuse a été diligentée sur ses antécédents, sa famille et les opinions d’icelle, son environnement, ses moyens futurs d’existence.

Le fait d’être étranger représentait évidemment un empêchement rédhibitoire : seuls les « vrais » Français pouvaient acquérir le précieux passeport.

Une structure opérationnelle, spécialement chargée de faire respecter les nouvelles lois et de traquer les contrevenants, avait été créée : la Brigade de l’Assainissement National (BAN) siégeait dans toutes les régions, dont le nombre avait été drastiquement réduit, et ses édifices se dressaient avec fierté dans les villes et villages comme autrefois les mairies ou les écoles ornées à leur fronton d’une devise dite « républicaine » .

L’écologie bien comprise impliquait une certaine forme d’épuration. Depuis un certain temps, sur le territoire français, on respirait enfin à pleins poumons.

Assainissement 17.6.14_DH(Paris, hier, quai de Valmy, 10e. Pour agrandir la photo, cliquer sans autorisation.)

(Django Reinhardt, Django’s Tiger)

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18 réflexions sur “Brigade de l’Assainissement National

  1. brigetoun dit :

    et si ça ne suffit pas, on pourrait se souvenir de Swift et de sa modeste proposition

  2. brigetoun dit :

    j’oubliais :bravo pour l’image

  3. lanlanhue dit :

    même au nième degré…permis de vivre a un accent terrible. L’amitié comme barrage ?

  4. godart dit :

    Sans contestation possible, votre fiction qui fait froid dans le dos, mérite un bonus.

  5. @ godart : Mais il ne peut être décerné que par un organisme dûment agréé…

  6. Aller au bout de l’horreur dans un monde où les pauvretés voisines se dévorent ente elles, où les errances sont survies, où la violence est routine, et où les journaux sans état d’âme noircissent leur colonnes de sang versé. Un monde que l’on voudrait utopique, mais qui est malheureusement bien réel, ici et maintenant.

  7. @ mchristinegrimard : Rom, unique objet de mon ressentiment…

  8. Amertume profonde pour la vérité intime de ce paradoxe qui s’affiche par moments héroïque.
    Si aujourd’hui on peut imaginer le glorieux Assainissement des eaux de Paris comme lieu député à la discrimination, demain les ponts tournants de notre canal, avec leurs barrages, au lieu de servir pour des remakes instructifs des glorieux films sur la Shoah, deviendraient les robinets (ouverts ou fermés) de cette monstrueuse et tout à fait possible « écologie ».
    Mais je suis d’accord pour considérer cette fiction exaspérée comme un signal de danger ou aussi un appel à la vigilance qu’on devrait lancer sérieusement à tous les hommes de bonne volonté, qui heureusement existent encore.

  9. Désormais, le vrai noeud (coulant, dans la gorge, routier, lymphatique, social, politique, économique, climatique, religieux, stratégique, etc.) du problème, c’est d’ordre mondial : seulement une solidarité très forte peut sauver l’Europe, son identité, sa démocratie, au-delà de ces dérives et de ces demi-solutions prises par des gouvernantes incompétents : le temps à disposition est très fiable, mais la dialectique raison-coeur peut encore intervenir…

  10. PdB dit :

    Quelle classe, ce Django…! (j’adore le petit lion des Médicis, là-bas au fond, qu’on a vu un jour sous la neige) (le texte ne dit pas vraiment une fiction, mais sans doute ce que, dans ses rêves les plus achevés, aimerait réaliser le fils d’espagnol suivez mon regard) (reniements, trahisons, qu’attendre de ces gens ? Rien) Heureusement, il nous restera toujours Stéphane Grappelli et Django (yes!!!) (like it so much!!!)

  11. @ Pdb : dans la tête de… c’est toujours de la fiction (ou du cinéma), non ?

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