Archives du 14/07/2014

L’échappé-surprise du Tour d’écrou

Comme le Tour de France passait le 8 juillet à Bailleul, après un détour par le Mont Noir, il avait décidé d’y rester pour  la nuit, au lieu de continuer avec le peloton jusqu’à l’arrivée à Lille, où un Allemand l’emporterait au sprint.

Le bel hôtel qu’il avait choisi était confortable et personne n’avait osé lui faire la moindre remarque sur sa tenue de coureur cycliste (on en aperçoit régulièrement dans la région). Il avait garé son vélo entre une Jeep Cherokee noire et un Range Rover Sport de couleur crème. Le soir, il avait regardé les infos à la télé, dans sa chambre, et se sentait reposé, calmé, détendu pendant que l’on montrait à nouveau les principaux événements de l’étape, dont les chutes. Le vainqueur donnait une interview pour dire qu’il était content d’avoir gagné.

Le lendemain, il avait à nouveau enfourché son vélo, mais dans la direction inverse que prenait le serpent du Tour et sa caravane publicitaire de 140 véhicules : là il était hors de l’équipe à laquelle il appartenait, loin des concurrents, hors de portée des motos et des voitures qui le frôlaient, et plus aucun spectateur hurlant sur les bas-côtés, sans chronomètre à consulter ni classement à la fin de l’épreuve comme à l’école.

Il roulait à son rythme, peut-être irait-il jusqu’à Bray-Dunes, par les petites routes, pour apercevoir la mer et, qui sait ?, y tremper les pieds, le vélo couché sur le sable.

En pédalant, il pensait à la liberté de l’effort non soumis aux règles, à la gratuité de ce jeu-là, il cadençait ses émotions d’une manière « soft » ou zen, ses cuisses moulinaient comme des bielles bien huilées, et dans la poche du dos de son maillot il avait prévu « de quoi ».

Il découvrait finalement la beauté du geste sans contrepartie, sans réplique, sans récompenses autres que la satisfaction personnelle, le contentement de soi, la paix intérieure. Les mains sur le guidon le menaient vers une sorte de voie lactée, même assombrie un temps par la météo.

Il était devenu l’échappé-surprise du Tour d’écrou, mais sans ligne d’arrivée matérialisée au sol.

Coureur_DH(Photo prise le 12 juillet à la sortie de Bailleul, direction la mer. Cliquer pour agrandir.)

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