Proactif

Le tiers livre et Scriptopolis sont à l’initiative d’un projet de « vases communicants » : le premier vendredi du mois, chacun écrit sur le blog d’un autre, à charge à chacun de préparer les mariages, les échanges, les invitations. Circulation horizontale pour produire des liens autrement… Ne pas écrire pour, mais écrire chez l’autre.

La liste complète des participants est établie grâce à Brigitte Célérier.

Aujourd’hui, j’ai le plaisir renouvelé d’accueillir ici Piero Cohen-Hadria, tandis qu’il me reçoit fort aimablement là, sur son blog intitulé Pendant le week-end.

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En regardant cette image, j’ai repensé aux mots il n’y a guère longtemps lâchés par un de ceux qui ont la parole facile, le verbe haut et les idées claires : la preuve, ils ont, toutes et tous, juré leurs grands dieux qu’ils (et elles) révéraient la politique dite de la demande, avec cadeaux et offres d’emplois à l’appui. Qui pour y croire, sinon ceux-là même qui la promeuvent ? Il y a le premier d’entre eux qui, dans son sublime discours de Jouy, a déclaré avec la fougue qu’on lui connaît tout l’amour (l’amour ? oui, l’amour) qu’il porte aux entrepreneurs, aux entreprises, aux décideurs, capitaines d’industrie et patrons, à ceux qui, oui, il faut le dire, sont seuls à même de donner à ce pays les ressorts d’une croissance qui lui fait défaut : c’est pourquoi il les aime, c’est pourquoi il faut les aimer.

On pourrait en rire.

J’ai regardé cette image, deux hommes noirs, qui bâtissent un échafaudage autour d’une vieille maison qui, il n’en faut pas douter, dans quelques mois, ressortira de ce traitement comme neuve. J’ai entendu l’un des affidés de ce fringant orateur annoncer enquêtes, études, sondages, réflexions notes d’énarques et de directeurs de cabinet à l’appui, que la fraude aux allocations chômage serait combattue, parce que ça suffisait à présent. A l’heure où les millions de sans emploi se comptent par la grâce de ceux-là mêmes à qui l’État d’aujourd’hui promet lunes et cadeaux en forme d’une cinquantaine de milliards (une paille), l’homme a beau jeu : il campe derrière ses chiffres, il intime aux gueux de retrouver le chemin de l’emploi, ainsi la bienveillance et la passion les animera, dans l’équité, l’ouverture et la réussite.

Fermez le ban.

J’ai regardé cette photo, je ne peux pas dire que j’ai envié ces travailleurs-là. Non.

Je me suis souvenu de ce film magnifique des frères Dardenne, « La Promesse » (1995). L’échafaudage, bien sûr, les ouvriers noirs, aussi. Voilà vingt ans.

Je ne peux pas dire que j’ai envié ces travailleurs-là, non.

Mais simplement, je me suis dit que la dignité de travailler était, de nos jours, de plus en plus minée, mitée, gâtée, par ceux-là mêmes qui sont censés la protéger. Certes, il fait beau aujourd’hui. C’est à Paris, je crois que c’est au coin de la rue Debelleyme. Le travail ; la dignité ; le ciel bleu et les mots de ceux qui ont la prétention de nous gouverner.

Echafaudage_DH(Cliquer pour agrandir.)

texte : Piero Cohen-Hadria

photo : Dominique Hasselmann

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10 réflexions sur “Proactif

  1. brigetoun dit :

    et certes il est des gens capables de voir, de voir ce qu’ils ont devant eux sur lesquels d’autres yeux glissent, et de voir le sens de ce qui est devant eux
    merci à eux

  2. Dom A. dit :

    Le lieu du discours était propice aux éclaboussures, ça n’a pas manqué. Et comment les retenir, désormais ?
    (après la lecture partenaire, la photo me fait penser au gréement d’une caravelle…)

  3. Philippe dit :

    Je partage les indignations contre les discours mentionnés, mais m’inquiète de l’interprétation de la photo : en l’absence d’autres éléments, la présence d’ouvriers noirs ne nous permet pas de supposer leur statut, leur degré d’exploitation, la dignité que leur procure ou non ce travail, ou de faire le parallèle avec la Promesse. Pardon si je me trompe.

    • PCH dit :

      On a le droit d’interpréter (cependant, si on se place, vers 9 heures disons, au métro la Défense, il se peut qu’on n’y voit que du blanc) (ce que j’en dis). Merci (mais ne vous inquiétez pas (trop)

  4. Francesca dit :

    Coïncidence ! Un immense échafaudage pousse devant toutes mes fenêtres depuis hier, monté à grands bruit par quatre grands congolais baraqués (Kinshasa m’ont-ils précisé) qui – même s’ils sont sans doute mal payés – bavardent et chantonnent en travaillant vite et bien de 8h à 17h ! L’échafaudage a l’air d’être une spécialité congolaise !
    On échange quelques mots et des sourires. J’en saurai davantage.

  5. PCH dit :

    Bizarre, bizarre… (merci de votre entremise)

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