Archives du 21/09/2014

Jean Fautrier, les images interdites [3/3]

L’avantage d’une petite exposition, qui ne dure pas trop longtemps, et qui est éloignée de Paris (1), c’est le faible nombre de visiteurs qu’elle attire. Il ne s’agit pas d’un « dîner de têtes » derrière lesquelles on essaierait d’apercevoir, au risque d’attraper un torticolis, un tableau ou une photo accrochés au mur.

Non, ici, trois personnes seulement font le tour des trois salles : l’accès aux œuvres est libre, l’espace paraît plus grand et le contact avec les dessins ou peintures se fait presque tactilement. Il n’y a même pas un trait blanc tracé par terre jouant la frontière infranchissable par rapport à ce que l’on désire regarder, observer, et comme pénétrer dans la démarche de l’artiste lui-même.

Engagé dans la peinture et le dessin – sa série des « Otages », 1943-1944 – comme dans le combat politique, le parcours de Fautrier est admirable, même s’il fut quelque peu dédaigné de son vivant. Le cinquantième anniversaire de sa mort (le 21 juillet 1964) braque à nouveau les projecteurs sur lui.

« Peu à peu détaché de l’expressionnisme figuratif, à distance d’un surréalisme vite dépassé, éloigné du constructivisme, aux antipodes du rationalisme de Mondrian et opposé au post-cubisme, Fautrier refusait les étiquettes réductrices. Exaspéré et inclassable, il se méfiera notamment de celles qui lui assignaient les titres de maître de l’art informel ou de tenant de l’abstraction lyrique. »

Bertrand de Sainte-Marie (Fautrier, dessinateur et graveur : pulsion et mémoire graphiques, Catalogue de l’exposition, pages 13 et 14).

En refermant la porte de sortie (laissant ainsi le gardien seul avec sa possible réflexion métaphysique sur les méandres du geste artistique), on aboutit à une autre salle où sont installés un écran, un haut-parleur et quelques sièges. La vidéo projetée est hélas à peu près inaudible… On voit Paulhan, on voit Fautrier et son air malin et mutin mais on n’entend pratiquement pas ce qu’ils peuvent se dire : « Des enceintes ont été commandées, paraît-il… », déclare un spectateur (il serait temps !).

Le livre d’or qui se trouve sur la table est rempli de ces reproches. Quelqu’un signale que les visiteurs de la rétrospective à Tokyo ont sans doute plus de chance que ceux de Sceaux. J’écris sur la page ouverte une remarque personnelle. Heureusement, le film Fautrier l’enragé peut être visionné sur le site de l’Ina (à condition de débourser 1,99 €).

Nous sortons par la porte cochère et longeons à nouveau le côté du « Petit château », qui borde un étang rectangulaire où se tient un héron stoïque, pour retrouver le grand parc, son château imposant et le parking pavé où j’ai garé la voiture, près de la grille de l’entrée principale.

Dehors, le temps est au beau, l’art est au vrai, même avec des soupçons d’« informel » ressemblant à des nuages sur fond bleu.

 ____________

(1) Une rétrospective Fautrier a été organisée en mai 1989 au musée d’Art moderne de la ville de Paris. Le Centre Pompidou n’en a encore jamais présentée. Un ensemble d’œuvres de Fautrier est exposé cette année au Japon, de mai à décembre, dans trois musées : à Tokyo, Toyota puis Osaka.

Fautrier21_DH(Nu violet sur buvard, vers 1962-1963)

Fautrier22_DH(Arbres, 1937)

Fautrier23_DH(Visage de l’homme, 1950-1952)

Fautrier24_DH(Le bouquet bleu, vers 1929-1930)

Fautrier25_DH

Fautrier26_DH

Fautrier27_DH

Fautrier28_DH

Fautrier29_DH

Fautrier30_DH(Toutes les photos peuvent être agrandies.)

[ ☛ FIN ]

Tagué , , , , , ,