Depuis la tour de guet

Tu es là toute la journée

le lendemain pareil tu te

perches au sommet et puis

tu soulèves les barres de

fer les blocs de béton et

les murs préfabriqués les

fenêtres découpées par le

ciel ta flèche oscille au

vent mais trace plus vite

que celle de Zénon car tu

es zélé par rapport à ton

salaire minuscule mais d’

ici tu domines le sol aux

étages qui montent tu les

vois tes camarades en bas

tu ne distingues plus que

leurs casques blancs avec

d’autres qui sont orangés

tu pries parfois pour que

leurs têtes ne deviennent

pas fendues coquilles des

œufs à la poêle le ballet

dure dans le maelström et

les grincements mats avec

des sifflements vrillants

tu ordonnes ces chantiers

depuis la tour de guet et

tu chantes pour toi cette

chanson de Bob Dylan mais

il est éternel jusqu’à ce

que tu chutes une fois de

l’immensité à cause peut-

être d’un barreau mouillé

parfois c’est la fatalité

pour les imprévisibles et

regrettables accidents du

travail penser au vitrail

de la cathédrale ronde d’

Évry comme au spectacle à

la dimension céleste mais

ils ont eu besoin pour la

construire de grues et de

types à ton image sans la

foi autre que l’espace et

le pilotage de l’hélopole

Grue2_DH(Photo prise à Évry le 9 octobre. Cliquer pour augmenter la taille.)

(Bob Dylan, All Along The Watchtower)

Tagué , , , ,

19 réflexions sur “Depuis la tour de guet

  1. brigetoun dit :

    bel hommage mesuré aux grutiers (ne veux point qu’ils tombent)

  2. @ brigetoun : je crois que c’est la première fois que j’en photographie un qui descend dans son cyllndre de fer.

  3. gballand dit :

    Vous croyez qu’il sifflote cette chanson du haut de sa tour ? 😉

  4. Cette grue ayant le pouvoir de passer du grand au petit, tout en tenant les différents poids des infinis paquets qu’elle déplace dans l’espace… elle est la poésie même.
    Cette tour de guet, qui tout observe et en même temps se dérobe aux regards trop attentifs et indiscrets, elle aussi est la quintessence de la poésie.
    Et cette poésie d’aujourd’hui, administrée par la rigueur du sens et la cohérence du regard est une poésie-grue (et tour de guet) elle même, parce qu’elle tient le poids tout en gardant son élégant équilibre.

    • @ biscarrosse2012 : j’aime bien ta formule « poésie-grue » (mais entendu ce matin à la radio cette info).

      • C’est vraiment terrible ! Donc rien ne sera jamais parfait. Et il faudra encore plus redouter de toute illusion même au sujet des grues…
        Et pourtant la poésie, même quand elle risque de s’écrouler, elle ne tue pas ni le poète ni les lecteurs… (Amère consolation…)

        @ biscarrosse : oui, le hasard peut tuer… Bonne journée à toi ! D.H.

  5. K dit :

    Très réussi, bravo !

  6. Francesca dit :

    « you feel your life is like a joke »… Dans quel disque que je n’ai pas figure cette chanson ? Merci des photo, poème et musique.

  7. Désormière dit :

    Vertigineux. Le vent qui hurle, brrrrrrr…

  8. Godart dit :

    « Qui a vu, dans la rue, le petit ver de terre. Qui a vu, dans la rue, le petit ver tout nu. C’est la grue, qui a vu, tout menu, le petit ver de terre. C’est la grue, qui a vu, tout menu, le petit ver tout nu. Et la grue a voulu manger cru, le petit ver de terre. Et la grue a voulu, manger cru, le petit ver tout nu. » Cette grue métallique est moins vorace et moins terrifiante que l’image de l’ombre du père de Kafka projetée sur la mappemonde. Il n’en reste pas moins que la perspective offerte au grutier de percevoir nos silhouettes toutes menues, devrait nous inviter, si ce n’est à un retour au monde de l’enfance, à l’acceptation d’une certaine humilité quand à notre condition humaine.

  9. Alex dit :

    J’aime le vol des grues chinoises au-dessus du lac Khanka, aux confins du monde, parties y cacher leurs amours – et destinées à transporter les immortels – légendes vivantes pour encore combien de temps – que la brutale modernité assassine chaque jour –

  10. @ Alex : je pensais bien que quelqu’un parlerait aussi des oiseaux qui occupent le ciel d’une manière migratoire comme d’autres occupants de ces engins…

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :