Soleil rouge et feuilles mortes

En regardant hier avancer, de manière nonchalante, ce bateau sur le canal Saint-Martin (Paris, 10e), j’ai repensé à l’époque où le maoïsme, même s’il emporta quelques intellectuels et des milliers d’étudiants dans une idolâtrie passagère, représentait un engagement politique d’extrême gauche.

Ces temps présents de « social-libéralisme », de prosternation du Premier ministre devant le patronat (ou la City londonienne !), ce Médef qui dicte en fait sa loi à la droite – escortée voire dépassée par le molosse portant les initiales du FN sur son collier – et d’abandon progressif et larvé des conquêtes sociales (sécurité sociale, politique familiale, hospitalière, universitaire, assurance-chômage, code du travail…) et des avancées progressistes récentes (écologie, transports…), paraissent si éloignés des élans, des enthousiasmes, des visions populaires et partagées qui avaient déversé les Français dans les rues et abouti à ce que la gauche prenne le pouvoir en mai 1981.

Ainsi, la vision d’un drapeau rouge semble maintenant presque une incongruité, même sous forme d’un minuscule fanion à la proue d’une embarcation toute pacifique.

Grand merci à l’ami P.-J. C. de m’avoir envoyé samedi le lien de cet excellent article d’Éric Dupin publié dans slate.fr, qui accomplit une analyse lucide de la situation politique actuelle, dépassant de cent coudées l’édito de Laurent Joffrin dans Libération du même jour, avec sa couverture racoleuse consacrée à Eric Zemmour, sans que ce journal cherche vraiment à expliquer d’où vient le succès que ce petit démagogue provoque (trouver un anti-vomitif dans la boutique d’une « profession réglementée » à croix verte) et qui est bien dû, en effet, à la disparition d’une idéologie de gauche en tant que telle au profit d’une « social-démocratie » mollassonne et pleutre, habillée d’une tenue camouflée aux teintes pâles du libéralisme dans le vent, mondialisé, purement financier et dépourvu de toute approche du réel « sur le terrain ».

Les prochaines élections (régionales, puis présidentielles…) montreront au représentant en chef de la République, choisi en mai 2012, qu’il ne suffit pas d’être un soir dans la tribune du Stade de France, au prétexte d’un match de foot France-Portugal, pour redresser son image (deux secondes sur TF1) et, partant, les « affaires » plutôt mal barrées du pays.

Certes, il nous reste l’art et l’admiration esthétique : mais peut-on jamais les séparer de la politique, et vice-versa ? Je comprends et apprécie la position politique d’Aurélie Filippetti, ex-ministre et écrivain.

Soleil rouge1_DH

Soleil rouge2_DH

Soleil rouge3_DH

Soleil rouge4_DH

Soleil rouge5_DH(Photos prises le 10 octobre. Les agrandir par un simple clic.)

Tagué , , , , , , , , ,

29 réflexions sur “Soleil rouge et feuilles mortes

  1. gballand dit :

    Merci pour le lien. De toute façon, après avoir lu sur Médiapart le comment de l’ascension de M. Valls, on a compris que sa seule conviction est son ambition personnelle et on ne s’étonne pas.
    J’aime bien cette citation de Saramago :  » la question principale que tout type d’organisation humaine se pose depuis que le monde est monde, est celle du pouvoir. Et le principal problème est d’identifier celui qui le détient, de vérifier par quel moyen il l’a obtenu, l’usage qu’il en fait, les méthodes qu’il utilise et quelles sont ses ambitions. »

  2. brigetoun dit :

    tout tout petit le fanion rouge, mais tel désir de lui que l’avez vu
    Vais lire Dupin (de toute façon TOUT vaut mieux que Joffrin, vous ne voulez tout de même pas qu’il analyse vraiment et risque de découvrir qu’il fait partie du désespoir jetant les gens vers le FN, avec son mépris et son ancrage solide dans la pensée dominante ?)

    • @ brigetoun : hier, « Libé » était donné gratuitement place Stalingrad… pour essayer d’attirer de nouveaux abonnés (j’ai discuté avec le « vendeur » du plan de licenciement lancé par Joffrin, soit un tiers de la rédaction).

  3. Le temps emporte les vaines ambitions comme l’eau du canal le fait des feuilles mortes. Se souvient-on d’elles ? Je n’en retiendrai que les reflets du ciel.

  4. « il nous reste l’art et l’admiration esthétique : mais peut-on jamais les séparer de la politique, et vice-versa ? »… On devrait écrire ça dans un tweet, voire dans un mur ou alors faire un tour de Paris en guise de homme-sandwich avec cette primordiale vérité gravée au-dessus.

  5. Godart dit :

    Je suis de la génération Maspero, utopiste? mais généreuse. Votre texte montre très bien le chemin à l’envers effectué depuis. Mais au delà de ce terrible constat, il apparaît que le champ des possibles n’a peut-être jamais été aussi ouvert ( la rue? ). Et merci pour cette base de réflexion bien de saison en ce début d’automne.

    • @ Godart : Mes petits Maspero sont comme des pavés de l’époque, rangés sur une étagère. Lui, libraire, éditeur, grand écrivain…

      En ce moment, il semble qu’on soit tombé bien bas, non ?

  6. Alex dit :

    Nos gouvernants ont fait détruire les péniches, mettant sans pitié à la rue les mariniers, un monde très particulier. Or, c’est le meilleur transport. Un scandale bien étouffé; à part les poètes, qui s’intéresse aux mariniers ?
    Les gens de conviction disparaissent, toutes opinions politiques confondues, puisqu’on n’apprend plus le français à l’école, on ne peut plus formuler ses idées… Idem autres pays…

    C’est en regardant tous les jours le miroitement de l’eau de la Seine, que Minou Drouet, une enfant attardée, est devenue un génie et un poète…
    Poète est plus esthétique que poétesse; arrêtons de féminiser des mots qui ensuite sonnent mal à l’oreille.

    • @ Alex : je me souviens avoir vu ce jeune auteur (remarquez ici l’orthographe !) en chair et en os dédicaçant son œuvre à la librairie Marlière de Valenciennes où nous avait emmenés, bien que tout petits, notre père.

  7. Alex dit :

    J’ai eu la chance de connaître le professeur Lefebure, un des médecins qui avait soigné Minou Drouet à l’hôpital Necker, et qui donnait des conférences sur les causes de la transformation du petit être en génie.

  8. @ Alex : c’est donc de l’aquathérapie (il faut que je me méfie des eaux « dormantes » du canal du coin).

  9. Désormière dit :

    Et les tempêtes dans un verre d’eau, ça marche aussi ?

  10. PdB dit :

    Un rappel de ce film de science fiction « Soleil Vert » (Richard Fleischer, 1973) que le nom de la péniche ? (le site de slate est pourri de pub) (on « donne » libé » à ceux qui veulent s’abonner : la ficelle est grosse et tout aussi pourrie que le journal) (un passage vers les officines à la croix verte , oui) (du coup on ne lit pas Dupin-en diagonale, plutôt seulement -: alors on se rabat sur Debray, dans « le monde diplomatique », « l’erreur de calcul » qui dit sensiblement la même chose-sauf que l’article est réservé aux abonnés; je le tiens à disposition) (si on veut lire le début qui n’est qu’une petite introduction : ici)

    • @ PdB : les rues de toutes les villes (françaises ou portugaises ou italiennes) aussi sont pourries par la pub : ça t’empêche d’y mettre les pieds ?

      Vivre dans un monde idéal est un rêve. On peut tous s’abonner à Mediapart (qui a fait une pub à la télé pour annoncer son 100 000ème abonné).

    • Merci pour la pub pour le diplodocus.

      • PdB dit :

        faux, les rues ne sont pas si pourries que le site slate, tu m’excuseras, qui lui, l’est complètement : comment vivre sinon ? c’est juste cet « il n’y a pas d’alternative » qu’il faut combattre. Il y en a des alternatives mais pas avec ceux qui en font commerce. Je ne rêve pas, permets moi de te le dire, et je rêve d’autant moins que j’ai des factures à payer, et des impôts pour nourrir notamment des abrutis du genre de celui qui « aime les entreprises ».
        Et quoi qu’il en soit (diplodocus) indiquer n’est pas faire de la publicité : aucune injonction là-dedans. Merci d’accueillir mes commentaires, en tout cas.

  11. @ PdB : tes commentaires sont les bienvenus et ta compréhension de l’humour aussi… 🙂

  12. Merci Dominique pour tes réflexions qui éclairent sur un sujet qui m’intéresse beaucoup !

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :