« Mommy » et cette cariatide turbide

Pour son film Mommy, Xavier Dolan utilise un format carré (1.1., sauf deux exceptions, équivalent au 6 x 6 en photo), ce qui déconcerte au début car l’espace visuel semble étrangement rétréci et puis on s’habitue : le héros doit de toute façon sortir du cadre.

Emporté par la bourrasque que représente l’ado pris entre deux feux, sa mère et la voisine d’en face, le scénario patine parfois un peu, les dialogues sont crachés dans leur tonalité « jouale », la musique est par moments trop appuyée, mais l’ensemble tient formidablement la route grâce aux trois personnages incarnés avec une conviction violente par Antoine-Olivier Pilon, Anne Dorval et Suzanne Clément.

Xavier Dolan (prix du jury au dernier festival de Cannes, à égalité avec Jean-Luc Godard…) filme son « gogol »  qui joue avec un chariot de supermarché : en virevoltant mais aussi en longs travellings, comme s’il avait revêtu lui-même une camisole de force pour calmer ses ardeurs et se croiser de temps en temps les bras.

Mommy1-DH

Au retour, après le ciné, je suis passé une fois de plus devant celle que j’appelle la « cariatide turbide » puisqu’elle surplombe la rue de Turbigo – c’est la plus grande de Paris.

J’imagine alors cet être de pierre déployant ses ailes pour aller se payer une toile du côté de Beaubourg afin de se changer les idées circulatoires et revenir ensuite, en catimini, prendre sa faction sur l’immeuble qui l’accueille depuis si longtemps et qui éprouverait un manque insupportable si son absence devait se figer, un jour ou une nuit, sur la façade.

Les statues vivent aussi.

Mommy2_DH(Les deux photos peuvent être agrandies.)

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24 réflexions sur “« Mommy » et cette cariatide turbide

  1. lanlanhue dit :

    Oui les statues prennent aussi la clé des champs.

  2. brigetoun dit :

    qu’elle ne voyage qu’en rêve, parce que, oui, la façade ne tient au moins visuellement que par elle
    imaginez un passant se frottant les yeux un matin, la cherchant en vain..

  3. brigetoun dit :

    peut être moins facilement remarquable

  4. Entre la « camisole de force » librement endossée et cette statue « turbide » — telle une belle de jour anxieuse d’aventures…— notre fantaisie de suiveurs affectionnés peut bien se déclencher et se déchaîner même.
    Du moment qu’il découvre que « les statues vivent aussi », comment fera-t-il, le réalisateur immobilisé, à sortir de son auto-castration pour l’embrasser dans une étreinte vitale ou mortelle ?

  5. Alex dit :

    Les cariatides de Paris animent la vie du badaud, sages ou coquines, elles nous posent bien des interrogations.
    Celles des fontaines Wallace – merci Sir Richard Wallace – gardaient et regardaient tous les carrefours de notre capitale, esthétiquement, avec fierté et amour.
    Mais un jour malheureux, la mairie de Paris les à fait démonter et vendre à l’étranger, avec les grilles 1900 du métro, au grand scandale des Parisiens qui n’ont pu sauver que quelques spécimens.

  6. alainlecomte dit :

    j’ai aussi vu le film… difficile d’en dire quelque chose… si ce n’est que, comme cela est répété partout, les acteurs sont exceptionnels (comment se fait-il qu’aucun d’entre eux n’ait reçu un prix d’interprétation…)

  7. Godart dit :

    Cette cariatide était dans ma  » persistance rétinienne « , mais votre regard aiguisé a éveillé ma curiosité. Cela m’apprendra à trop regarder où je marche. Pour  » Mommy « , d’accord avec vous, c’est un film non dépressif et énergique traitant d’un sujet difficile. Toute la vitalité d’un jeune créateur.

  8. @ Godard : pour celle-ci (de cariatide), il faut effectivement lever haut les yeux…

  9. Gilbert Pinna dit :

    … les statues vibrent aussi.

  10. PdB dit :

    le format carré de l’image apporte quelque chose, ou est-ce simplement une forme de distinction oblique ? (en tout cas, on ira -probablement- le voir)

  11. Cette monumentale caryatide bien nommée troublerait en effet la circulation et la tranquillité des riverains, s’il lui prenait envie de s’échapper nuitamment. Sans doute le fait-elle lorsque dorment les cartésiens, trahie seulement par le frémissement de ses ailes moins massives qu’elles en ont l’air. Elle rend visite à ses cousines grecques, qui ne peuvent laisser leur fardeau antique sous peine d’effondrement de patrimoine mondial.
    Elle les trouve si élégantes avec leur profil parfait et leurs toges d’époque, qu’elle apprend le grec ancien en secret pour tenter de leur ressembler. Dites-lui juste Kalimera en passant la prochaine fois, et vous la verrez sourire…

  12. @ mchristinegrimard : Il paraît qu’on l’aurait vu voler… le jour (mais impossible de retrouver le témoin, projectionniste à l’époque dans une salle de cinéma parisienne).

    Si elle parle grec, il va falloir que je me remette à mon Bailly (ou plus moderne) !

    (Merci pour cette prolongation…)

  13. Celine PCPL dit :

    Merci pour le lien vers PCPL Dominique.
    Très flattée 😉

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