Cité de la musique (contemporaine), avec Helmut Lachenmann en personne

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Vendredi soir, à la Cité de la musique, concert attirant – comme les lucioles bleues entourant la fontaine aux lions – du monde car étaient données trois œuvres contemporaines de Clara Iannotta, Luigi Nono et Helmut Lachenmann, sous la direction (dansante) de Matthias Pintscher à la tête de l’Ensemble intercontemporain.

Dans la première partie, Clara Iannotta (Intent on Resurrection – Spring or Some Such Thing), d’après un poème de l’Irlandaise Dorothy Molloy – une parente de Beckett ?) fait entendre pendant douze minutes des petits éclats musicaux, des pierreries parsemées de quelques boulets de charbon.

Vient ensuite l’Omaggio a György Kurtág (créé en1983, révision en 1986) de Luigi Nono pour quatre solistes (contre-alto, flûte, clarinette en si bémol, tuba basse) : et là, c’est une nappe, un drapé, une couverture, une couette douce et fraîche, qui nous recouvre, nous emporte, nous fait naviguer durant dix-huit minutes sur des flots de souffles, de murmures, d’échos, de vibrations infimes ou intimes, modulées ou modifiées par les haut-parleurs réverbérant ou spatialisant ce flux ininterrompu, sans ruptures, sans à-coups, comme un fleuve rapide et sûr, une coulée ordonnée et mémorielle (« tuba ou Tibet », a rapproché le compositeur).

Une musique métaphysique, me suis-je hasardé à dire à la sortie du concert, et de toute beauté.

Après l’entracte, je vois un grand type s’installer au pupitre des consoles électroniques, la partition sur les genoux. C’est le moment des Concertini d’Helmut Lachenmann, quarante trois minutes d’une déferlante « concertante », déconcertante au début, et qui envahit toute la salle puisque des instrumentistes y sont installés sur les trois autres côtés de la scène.

On nous distribue même des « bouchons pour oreilles » : nous sommes assis tout près du groupe des percussions. Mais ce serait un paradoxe d’écouter cette œuvre en se fermant les esgourdes.

Il est même possible d’en trouver des exemples sur Internet.

Car cette musique est supportable, éclatante, variée, intervallée comme montagneuse, escarpée comme soudain lisse, courbée, happée (ou harpée) par des événements et des avènements, des paysages ou des passages, des hauteurs ou des plongées, des horizons revenus ou détendus.

À la fin, l’homme de la console monte sur la scène, appelé par Matthias Pintscher, et est applaudi à tout rompre : c’est Helmut Lachenmann en personne. Un doux géant, comme un monolithe sonore. Lui aussi, il a dirigé son œuvre (2005) mais en poussant des petites manettes tout en lisant ses propres écrits.

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Cité4_DH(Toutes les photos sont agrandissables sans manipulations compliquées.)

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16 réflexions sur “Cité de la musique (contemporaine), avec Helmut Lachenmann en personne

  1. brigetoun dit :

    je rêve… j’étais sur un des deux balcons latéraux, toute ouïe

  2. @ brigetoun : et pas besoin de boules Quies…

  3. Je trouve que ce « monolithe sonore » exprime parfaitement — surtout pour un spectateur respectueux et ignorant de la musique classique-contemporaine comme moi —, le mystère de la distance (mystère de la foi aussi).
    Surtout au premier impact, il arrive en fait de ressentir certaines musiques comme de véritables montagnes (enchantées bien sûr) difficiles à escalader avec des équipements impromptus; des montagnes qu’on ne pourrait d’ailleurs pas contourner avec l’insouciance de randonneurs du dimanche.

  4. Francesca dit :

    Quelles belles descriptions, Dominique ! Merci de ce partage visuel et même auditif.
    On s’y croirait, comme on dit !

  5. nanamarton dit :

    En trahissant les intentions de la compositrice (elle dit qu’elle considère que voir jouer son oeuvre est aussi important que l’écouter), j’écoute depuis son Cloud, sa musique de chambre emplir ma pièce à vivre, toute de soleil ce matin…

  6. Merci pour cette découverte (en ce qui me concerne..) !

  7. K dit :

    Très beau billet !
    Vos mots servent la musique, bravo et merci.

  8. Avec tes mots, Dominique, tu fais revivre l’esprit très original ( avec de hauts et des bas) de cette musique… bravo et merci !

  9. Ah quelle chance! J’aurais vraiment en être!

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