Dans les environs de Saint-Denis (93) avec le ciel gris pour témoin

Je revois de temps en temps, dans les environs de Saint-Denis (93), ce paysage désolé et désolant quand il m’arrive de faire un saut en voiture là-bas. Je connais le parking sauvage devant ce terrain vague, et maintenant, sur la gauche, un immeuble a été construit dans le style « entreprise ».

Je me faufile par une ouverture dans la palissade (peu pacifique) de métal, et je regarde.

St-Denis1_DH

Au loin la perspective est étrange, j’ai l’impression d’avoir atterri dans un film de science-fiction, et je me demande qui loge dans ce no man’s land, s’il l’on trouve des boutiques au bas des tours, une boulangerie, une épicerie, un café, un restaurant (je ne parle pas de librairie). Mais c’est sans doute « une grande surface » qui attire les habitants du lieu.

Avec le ciel gris pour témoin, tout semble triste, immobile : pas un oiseau ne passe ou ne chante, la grue est plantée telle un échassier mort sur pied, comme si le cadre lui-même s’était instantanément transformé en photo – figée, muette, désespérée.

Après cette halte solitaire, retour vers la grande ville en passant sous le pont de la fac Paris-VIII.

St-Denis2_DH

Plus tard, à un moment, en rentrant par la porte de Pantin, j’ai cru qu’il avait neigé sur le bâtiment de la Philarmonie, toujours en construction.

Quand il sera terminé, la musique se fera entendre alors (certains concerts annoncés sont à des prix abordables) et le paysage deviendra purement intérieur.

St-Denis3_DH(Ces photos, prises le 26.11, sont agrandissables.)

(Muddy Waters, Hoochie Coochie Man)

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27 réflexions sur “Dans les environs de Saint-Denis (93) avec le ciel gris pour témoin

  1. brigetoun dit :

    du livre blanc de Philippe Vasset (pensé en voyant, en lisant) à la promesse de musique – beau matin

  2. gballand dit :

    Effectivement, de quoi avoir du vague à l’âme…

  3. SIMON dit :

    Nouvel, c’est du fake, toujours du fake, on le savait, on a confirmation.

  4. SIMON dit :

    si c’est comme le musée du quai Branly, ça craint. 🙂 Je trouve ce toit « anecdotique », c’est ça Nouvel, de la déco, mais rien de fondé. A part ça, aime bien ta musique

  5. Heureusement, contre cette violence de paysages extérieurs qui semblent avoir avalé toute perspective de beauté, on rencontre encore des îles de résistance où l’on garde encore le fil rouge d’une saine « philanthropie de l’harmonie » !
    Tout sera fini quand le « paysage intérieur » sera occupé, lui aussi, par ces formes invasives de pseudo-musiques violemment cadencées et obsessionnelles, de club ou de boîte, adressées pour l’instant aux jeunes générations.
    Un vacarme de guerre, qu’on impose de plus en plus fréquemment, à de volumes insupportables ; une « non musique style entreprise » : il ne manque que cela pour sanctionner la fin de tout espoir.

  6. Alex dit :

    1961, Christiane Rochefort publie « Les Petits Enfants du Siècle », livre qui a fait grand bruit.
    Elle dénonce déjà la désespérance des cites de banlieue, avec leurs blocs et leurs barres d’immeubles de style brutaliste hâtivement construits.
    Ce sont cette volonté de laideur et ce mépris de la chaleur humaine d’une vie de quartier, avec son cafe du coin et ses petits commerçants, cette deshumanisation, cette absence de repères, qui engendrent les bandes de jeunes, leur révolte contre tout et leur violence.
    Et en 2014, Christiane Rochefort, les architectes continuent, et les jeunes ont découvert le djihâd.

    • @ Alex : l’architecture joue un rôle dans la sociabilité (on a détruit des « barres » d’immeubles, ici et là.
      Mais ce n’est pas Jean Nouvel – même s’il ne s’habille que de noir – qui doit porter… le chapeau pour les convertis au djihad !

  7. czottele dit :

    le sud aussi offre de tels paysages désolés désolants surtout les petites zones commerciales surtout les jours de pluie les jours de gris comme aujourd’hui… aimerais être à Paris… (commentaire aussi bête qu’inutile, mais bon, jour gris…)

  8. PdB dit :

    j’ai eu en horreur ce mastodonte dès son apparition dans l’horizon du parc (de plus, si on peut dire, son budget a doublé; le concours n’a pas eu lieu; la « geste » architecturale est défaillante; ça s’adresse à qui, cette musique-là ? aux personnes qu’on apportera en bus des quinze et seize où elles ont l’habitude de déguster ce tropisme ? il y a bien des questions qui se posent sur ces énormités contemporaines-on ne parle pas du stade de France, parce que la France a gagné tu comprends) ; j’ai peur de croire que, dans l’est parisien, comme dans le sud (l’est parisien : on a une idée de ce qu’en pensent ceux de l’ouest en écoutant ce qu’en disent les protagonistes du film « les garçons et Guillaume à table »), ce qui manque ce sont des logements, de la vie et du lien social non seulement en direction des classes moyennes qui ont les moyens de s’offrir des places à ne serait-ce que dix euros comme ce qui est (parfois, parce que quand même) proposé (on se souvient des places à dix francs de l’opéra bastille, dans les années 80 : aujourd’hui, pas moins de 150 euros, tu comprends)…

    • Alex dit :

      Une ville n’a de sens que s’il existe un lien social entre ses habitants, d’où peut naître l’amitié – donc se regrouper autour de la mairie, la poste, l’école, etc.., l’église, le théâtre, la bibliothèque, etc.., le marché, les commerçants, les bistrots, les journaux, etc… Et les événements de quartiers.
      Comme le préconisait deja Aristote, Politiques, une ville doit se créer avec tout ci-dessus indiqué. Afin que naisse l’amitié – le lien social – entre les citoyens.

      @ Alex : Qui dirait le contraire ? D.H.

    • @ PdB : « Mastodonte », c’est aussi ce qu’on a entendu au début pour le Centre Pompidou puis la Cité de la Musique.
      Mais je ne suis pas l’avocat patenté de ce projet.

      Pour répondre à tes affirmations (« le concours n’a pas eu lieu », « ça s’adresse à qui, cette musique-là ? », etc.), lire cet article plutôt bien documenté.

      Quant aux logements et au lien social qui manquent, ceci est une question politique. Il faudrait la poser à qui de droit(e).

      • Alex dit :

        @ DH : le constructeur, le maire, le conseil municipal, n’ont cure du lien social – appelé amitié entre citoyens par Aristote – sauf les administrés.

        @ Alex : vous croyez qu’il faut mettre tout le monde dans le même sac (« le constructeur », « le maire »…) ? D.H.

  9. Paysage désolant où personne n’a envie de passer sa vie à se désoler d’exister, en effet !

  10. Alex dit :

    @ DH : ayant assisté à des réunions de conseil municipal, j’ai été surprise, c’est la foire d’empoigne, des conflits de personnes, des controverses au sujet de budgets alloués, mais la petite voix des administrés lésés qui assistent n’arrivent pas à se faire entendre, et ils n’ont que quelques minutes avant la fin de la réunion.
    Pas très démocratique.

  11. walachniewicz dit :

    Totalement aspirée par votre univers le temps de la lecture, musique en cadeau, merci ;O)

  12. walachniewicz dit :

    Génial, j’adore ce genre d’associations…

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