Pétain, (ne) reviens (pas) !

On remarque un peu partout, dans Paris qui semble comme inoccupé en ce moment, l’affiche pour cette expo La Collaboration (1940-1945) qui a lieu à l’Hôtel de Soubise (61, rue des Francs-Bourgeois, 3e, du 26 novembre jusqu’au 2 mars), et peut être visitée pour le prix modique de 6 euros.

C’est un rappel utile, l’image de Pétain impacte, sa photo de « petit père de famille » (à défaut « des peuples ») et ses valeurs que la droite et sa f(r)ange extrême, à grands sons de tambours, font revenir à la moindre occasion : abolition du « mariage pour tous », abolition des « 35 heures », abolition de la loi Veil sur l’avortement, abolition de la loi Taubira sur la Justice, abolition du Code du travail et autres textes empêcheurs de se sucrer en rond, abolition des principes fondamentaux de la Sécurité sociale, abolition des lois permettant l’immigration, abolition de l’appartenance à l’Europe, abolition sans doute de l’abolition de la peine de mort – et j’en passe par profits et pertes.

Souvent, il m’arrive de jeter un œil (comme dirait la fille Le Pen) sur ce livre de Gérard Miller qui a su « déconstruire » dans Les pousse-au-jouir du maréchal Pétain (Seuil, 1975), et de manière magistrale, le discours idéologique du Chef collabo, des maîtres et apprentis fachos de l’époque, des traîne-savates derrière les Panzer Divizionen, et qui ont maintenant leurs successeurs : réactionnaires de tous poils, PDG et « managers » sans scrupules mais avec « retraites chapeau », acharnés de l’exploitation des autres, femmes au foyer avec domestiques et bûches virtuelles dans la cheminée de l’appartement situé dans le 8e, beaufs en bretelles et la Kro à la main, abrutis racistes et antisémites jusqu’au crime par plaisir ou désœuvrement ou haine d’un mode de vie différent du leur.

G. Miller1DH

G. Miller2_DH

G. Miller3_DH(Scans : cliquer pour lire plus confortablement.)

Parfois, l’actualité semble ne guère évoluer positivement, voire régresse à toute vitesse dans les domaines du capital et de la morale enfin mariés sous les meilleurs auspices, avec la bénédiction du Medef qui tend à occuper, auprès d’un gouvernement devenu macron-économique, la place traditionnellement réservée au Saint-sacrement de l’Église.

Ainsi, une exposition historique – à ne pas manquer – tombe à point nommé dans le champ (et son hors-champ) politique actuel : l’effet en miroir apparaît sans doute plutôt singulier.

Expo Collabo_DH(Rue des Francs-Bourgeois, 3e, le 6.12 : agrandir le cadre historique.)

(Maréchal, nous voilà !, par André Dassary)

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23 réflexions sur “Pétain, (ne) reviens (pas) !

  1. brigetoun dit :

    je me suis privée d’écouter, tant pis pour la voix de Dassary

  2. @ brigetoun : pourtant, ça remet dans l’ambiance imaginée de l’époque. Ou alors, il ne faudrait regarder aucun film ou aucune photo de cette période ?

  3. Très interessant et inquiétant aussi. On devrait ouvrir un séminaire à La Sorbonne sur le sens que va assumer le mot « collaboration » aujourd’hui. Ce serait très instructif pour les jeunes générations !

  4. @ biscarrosse : la ministre de l’Éduc. nat. va en parler à ses collaborateurs.

  5. Godart dit :

    Abolition, régression, exploitation……oui une piqure de rappel ne fait pas de mal de temps en temps. Imprévisible, même par les plus pessimistes il y a seulement 20 ans, nous sommes rentrés dans une telle remise en cause des acquis sociaux, les forces réactionnaires donnent de la voix, relayées complaisamment par les médias qui jouent leur survie par des articles de complaisance, semant la confusion dans les esprits,etc, etc. Alors oui, pour ces raisons et bien d’autres, j’irai voir cette exposition.

  6. Pour moi, ce n’est pas « une ambiance imaginée », j’ai vécu cette période entre mes douze et seize ans, les souvenirs quand ils remontent à la surface sont intacts… quand je lis et écoute les inepties et contre-vérités du microbe Eric Zemmour ainsi que le programme de Marine Le Pen du F-Haine, il y a de quoi frémir… mais courage, on les aura !

    • @ Chesnel Jacques : je comprends que la situation actuelle en France (et ailleurs) puisse rappeler ces très mauvais souvenirs.

      Un Zemmour ne sait sans doute pas vraiment de quoi il parle. Quant à la fille Le Pen, les fariboles et les 33 tours des chants nazis édités par son père ont dû marquer quelque peu son « orientation » politique : hier, par exemple, elle a expliqué la recrudescence de l’antisémitisme (affaire récente de Montreuil) par le développement de « l’islamisme » !

      Dire que cette femme se voit, en toute innocence, présidente de la République.
      On croit rêver (ou cauchemarder).

  7. Alex dit :

    Interdit d’interdire – contester la contestation – où se situe la ligne rouge ?
    (Symbolique, il y a maintenant une ligne rouge dans les files d’attente à la poste).
    Pas encore vu cette expo, je regrette que les artistes peintres ne fassent plus les affiches, encore un de leurs revenus qui disparaît. Les économies de certains étranglent les autres.
    (Les décors de théâtre, d’opéra, de ballet, de cinéma, les vitrines de magasins, faisaient travailler beaucoup de peintres. Fini)
    Hier, visite au Palais de Tokyo, qui va faire double emploi avec celui d’Arnault au Bois.

  8. @ Alex, elle est mince… 🙂

  9. Alex dit :

    La femme au foyer avec une petite bonne pour l’aider, avec le coût de la vie qui grimpe, c’est fini depuis un bon demi-siècle.
    Même si La Femme qui Marche avait les moyens, elle préfère aller au musée que faire la vaisselle.
    Elle prend le temps de consulter un livre juridique ou d’écrire une poésie.
    Elle ne veut pas être contrainte par une armée de domestiques potentiels, elle préfère voyager, découvrir le monde, rencontrer les tribus décimées d’Amazonie.
    La Femme qui Marche a un autre regard sur la vie.
    Et qui va faire changer notre appréhension du monde.

  10. @ Alex : Pas sûr que dans « les beaux quartiers » on ne trouve pas quelques « employées de maison » !

    Ce rêve de la « femme au foyer » (« Kinder, Küche, Kirsche ») est encore bien enraciné dans quelques têtes nostalgiques de la période brune.

    J’espère que votre « Femme qui Marche » est plus en formes qu’une certaine statue de Giacometti.

  11. gballand dit :

    Merci pour les pages scannées, fort intéressantes, et le lien vers l’expo, à ne pas manquer donc.
    M. Valls, lui aussi, aime les patrons, mais ils le lui rendent bien mal 😉

  12. Zoë Lucider dit :

    J’ai si peu d’occasions d’aller à des expos que je vais sans doute préférer aller voir celle sur Niki de Saint Phalle la prochaine fois que je rejoins la capitale, mais ton billet n’en est pas moins prophylactique en ces temps d’infestation des discours.

    • @ Zoë Lucider : il y a deux week-ends de cela, tout était complet, le samedi et le dimanche (la faute aux provinciaux !!!).
      Il faut donc réserver…

      L’expo sur Pétain n’est pas du même genre : l’aspect artistique est moins évident…, mais l’ouverture didactique certainement !

  13. Alex dit :

    @ DH : votre érudition est stimulante. Je ne connaissais pas le kkk. Certaines femmes préfèrent rester à la maison a élever leur enfant, d’autres être femme-soldat en Israël, ou porter des ceintures explosives. D’autres, chauffeurs de taxi, artistes, etc…

    Pour rester plus mesuré, les aspirations nouvelles des femmes dans des contrées comme le Moyen-Orient par exemple, vont changer les traditions, les mentalités et la politique, au cours de ce XXIeme siècle.

  14. @ Alex : je connaissais le KKK allemand (qui n’a rien à voir avec celui des racistes du sud des USA) par ma mère, qui avait été engagée dans la Résistance et qui parlait souvent de cette idéologie réac.

    J’admire aussi ces femmes qui, en Arabie saoudite, bravent l’interdiction qui leur est faite de conduire une voiture : mais les ayatollahs de la « charia » vont peut-être devoir mettre de l’eau dans leur vin (si l’on ose dire) !

  15. Alex dit :

    « La Femme qui Marche » d’Hasselmann, est tout le contraire de « L’Homme qui Marche » de Giacometti.
    D’une élégance simple et très parisienne, potelée et sportive, elle respire la joie de vivre et le courage du combat quotidien.
    L’espoir, comme aurait dit Malraux.

  16. @ Alex : pure question de silhouette…

    • Alex dit :

      @ DH : l’œuvre de Giacometti est triste. Il y flotte une atmosphère de spiritisme.
      Son Homme qui Marche a un côté à la fois insecte et fantôme, impitoyable. Il ferait presque peur.
      La Femme qui Marche, d’Hasselmann, au contraire, est gaie, en chair et en os, elle mord dans la vie à pleines dents, elle veut gagner sur tous les obstacles.
      Leur point commun, la détermination.

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