Archives du 11/12/2014

Le Président « haut-parleur »

La désaffection (à tous les sens du terme) grandissante des Français pour le président de la République, élu pourtant grâce à leurs suffrages le 6 mai 2012, ne pouvait laisser indifférents les plus hauts responsables de l’État. Une « cellule de crise » fut rapidement installée.

Car les sondages calamiteux pour le pouvoir en place, l’abstention galopante des électeurs (plus de 75 % au premier tour de la législative partielle à Troyes, le 7 décembre, avec l’élimination immédiate du représentant du PS, laissant ainsi face-à-face l’UMP et le FN), le désintérêt global de la population pour la « chose publique », la baisse d’impact des grandes chaînes de télévision (malgré les programmes de TF1 comme l’« Élection de Miss France », le samedi 6 décembre, ou la diffusion du film Intouchables le dimanche 7 décembre), la concurrence d’Internet et des « réseaux sociaux », la chute de la presse papier, la désyndicalisation accrue, la diminution d’adhérents pour les partis politiques dominants… formaient à eux seuls l’image d’une future Bérésina pour la gauche lors des prochaines consultations (les cantonales), avant celle qui viendrait clore en 2017 le quinquennat en marche (à petits pas).

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Entouré par ses principaux ministres et ses conseillers plus ou moins reluisants, le chef de l’État avait écouté les uns et les autres, chacun développant sa propre analyse, souvent différente ou contradictoire avec celle de son voisin. Les optimistes n’étaient pas nombreux, les pessimistes se bousculaient au portillon des propositions pour redresser la situation.

C’est Fleur Pellerin, la ministre de la culture, qui exprima enfin la seule idée percutante et obtint alors l’assentiment général :

– En me rendant récemment au Centre Pompidou, dit-elle, pour visiter l’expo Marcel Duchamp (une entrée gratuite permanente m’est offerte à condition que je présente ma carte professionnelle tricolore), j’ai remarqué ces grosses bouches d’aération du parking souterrain qui surgissent du parvis et n’ont guère d’utilité, et en auront même de moins en moins, puisque 60 % des Parisiens n’utilisent plus de voiture et qu’Anne Hidalgo a prévu l’interdiction des véhicules diesel en 2020 dans la capitale. Ne pourrait-on pas alors, Monsieur le Président, se servir de ces sortes de « haut-parleurs », une fois aménagés, par exemple, par la société américaine Bose, avec laquelle j’ai déjà pris langue, pour faire passer en permanence et « sur le terrain » les messages du gouvernement qui semblent désormais rester lettre morte, hélas, pour la majorité de nos concitoyens ? Il est possible de lancer un appel d’offres dès maintenant et de désigner l’heureux gagnant début avril. Ensuite, il ne restera plus qu’à implanter les haut-parleurs et à brancher le réseau !

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– Je crois que c’est en effet une excellente solution, dit le Président. Il faudra, bien entendu, étendre le système non seulement à Paris mais à toutes les villes et à tous les villages de France. Nous souffrons actuellement d’un cruel manque de pédagogie : or, il s’agit d’expliquer et de répéter continuellement les bienfondés de notre politique et je veux que chacun d’entre vous prépare ses dossiers – la dette, l’économie, le budget, les impôts, le pouvoir d’achat, le travail du dimanche, les professions réglementées, les entreprises, le CICE, les fonctionnaires, la Justice, l’insécurité, le mariage pour tous, la sécurité sociale, les hôpitaux, l’Éducation nationale, la recherche, les transports, l’industrie, la Défense nationale, l’immigration, le terrorisme, l’Europe, la mondialisation, sans oublier la culture et le paysage numérique en fleur… – qu’il viendra quotidiennement exposer au micro et répandre par ce moyen radiophonique  (celui-ci a fait ses preuves, je pense à De Gaulle à Londres, et marquera une nouveauté par rapport à l’emprise actuelle des écrans) dans tous les lieux publics tels que les gares, mairies, métros, places, rues, marchés, parcs et jardins, etc. Nous ne devons pas avoir peur, ni Manuel Valls, ni vous, ni moi, d’affirmer nos valeurs et, j’ose le dire, de les marteler sans nous lasser.

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Comme cette réunion se tenait le 1er mercredi du mois (c’était le 3 décembre dernier) à l’Élysée, on entendit soudain retentir les sirènes à 12 heures pile : exercice mensuel de vérification de leur fonctionnement en cas d’alerte pour cause de catastrophe nucléaire, d’attaque guerrière ou de phénomène naturel menaçant.

Le Président eut alors un large sourire et déclara :

– Eh bien, voilà ! Nous le tenons, notre indicatif ! Et bientôt, on l’entendra tous les jours !

HP4_DH(Photos prises le 6 décembre, à Beaubourg, et agrandissables.)

(Enregistrement réalisé par D.H. le 04/12/2013 à 12:00.)

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