Archives du 15/12/2014

« Timbuktu », film brûlant (pas seulement d’actualité)

Quand je suis sorti, vendredi dernier, de la projection du film Timbuktu d’Abderrahmane Sissako, je savais qu’il s’agissait d’une œuvre forte, originale, frappante et brûlante comme le soleil qui écrase en permanence le désert et la ville de Tombouctou (Mali) aux mains des djihadistes, pendant dix mois en 2012, et qui plaide par la beauté et l’ironie en faveur de la liberté.

Pourtant, j’ai pensé un instant que le contexte historique n’était pas vraiment indiqué, que l’on manquait de points de repères (à part la vache nommée « GPS ») : mais, après coup, l’aspect universel de ce film que je qualifierai de « voltairien » dans son approche sous la forme d’un conte à rebours, m’a semblé justement le mieux adapté à son objectif : sinon, le cinéaste mauritanien aurait réalisé un documentaire.

Tout le film Timbuktu montre en effet l’absurdité (interdictions de la musique, du tabac, du foot…), la sauvagerie (mariages forcés, destructions, lapidations…), le fanatisme (procès au nom de la charia…) – dignes de figurer comme exemples dans le Dictionnaire philosophique du sage de Ferney – et les dégâts qu’ils provoquent, au nom d’une idéologie absolutiste qui travestit l’Islam, en affrontant la vie paisible, le calme d’une tente au milieu des dunes, les traditions, le soleil qui brille pour tout le monde.

Par sa mise en scène sans esbroufe, avec ses plans courts ou amples selon les circonstances, et des acteurs tous impeccables, Abderrahmane Sissako affirme et confirme son regard personnel, son point de vue, la qualité de sa mise au point, tout en utilisant une musique vaste mais sans débordement.

Face à la violence aux yeux bandés, le cinéma de ce style laisse vivre un espoir qui n’est peut-être pas seulement un grain de sable jeté dans son engrenage.

Timbuktu_DH(Photo : cliquer pour agrandir.)

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