Archives du 19/12/2014

« Coincidenza » gare de Lyon

« En haine de la mémoire, de cette combustion qu’elle entretient partout où je n’ai plus envie de rien voir, je ne veux plus avoir affaire qu’à vous. Puisque c’est à vous qu’il a été donné de nous conserver cet admirable révélateur sans lequel nous perdrions jusqu’au sens de notre continuité, puisque vous seules savez faire s’élancer de nous un personnage en tous points semblable à nous-mêmes qui, par-delà les mille et mille lits où nous allons, hélas ! reposer, par-delà la table aux innombrables couverts autour de laquelle nous allons tenir nos vains conciliabules, ira nous précéder victorieusement. »

André Breton, Lettre aux voyantes, 1925 (in Manifestes du surréalisme, et autres textes, Jean-Jacques Pauvert éditeur, 1962, page 235).

Coincidenza_DH(Photo : 15 décembre dernier. Cliquer pour agrandir.)

À la descente du RER D gare de Lyon à Paris, en provenance d’Évry, j’avais pris cette photo un peu machinalement. Ce n’est que plus tard que j’ai lu avec précision le panneau informatif et le mot « Coincidenza » traduisant la « correspondance » indiquée de jolie manière : un miroir de coïncidence italienne qui m’a fait penser à un certain « portrait inconscient », comme si celui-ci avait inscrit une trace de son passage, là, juste au-dessus du quai.

Le hasard offre aussi cette ouverture, cette déviation, cet embranchement, cette flèche tendue vers l’inattendu : on change de direction, l’aiguillage de l’imprévu se présente, il peut porter lui-même une certaine logique (si l’on désire arriver à destination).

La correspondance n’est donc pas uniquement baudelairienne mais, ici, ferroviaire : des voies s’ouvrent, des noms affluent, des paysages se dessinent, il suffirait de choisir d’un coup de tête (ou de dés) telle direction pour prendre la poudre d’escampette, partir à l’aventure, sans se soucier de ce que pourrait produire cette soudaine décision : sans doute quelque imprévisible incidence.

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