« Réduire, dit-il » : visite de l’exposition « Duras Song » [1/3]

Cent ans qu’elle est née, Marguerite Duras (1914-1996), une date à commémorer aussi, comme une sorte de future déclaration de guerre à la littérature plan-plan, une écriture, une voix et un regard cinématographique uniques.

Il fallait visiter cette exposition (au Centre Pompidou) intitulée Duras Song, et sous-titrée « Portrait d’une écriture », mais elle attirerait moins les foules que les turlupinades dispendieuses de Jeff Koons, donc on pouvait s’y prendre au dernier moment. Ouverte depuis le 15 octobre 2014, elle se termine le 12 janvier 2015.

Pour y accéder, hier, il suffisait de se laisser porter par l’escalator jusqu’au deuxième étage du musée et de se retrouver alors dans la Bibliothèque, là où l’on peut lire la presse du monde entier et surfer sur tous les ordis en libre service : un lieu « durassien » par excellence, avec son brassage d’étudiants ou de chômeurs (les uns deviendront peut-être les autres), de lecteurs assidus ou endormis, de gens sérieux ou de zombies flottant dans l’air du temps éclairé au néon.

Les murs du lieu sont peints au bleu de méthylène, car « il est utilisé, nous dit le prospectus informatif, dans le monde de l’édition afin de tacher les livres mis au pilon, les détruisant une première fois, les empêchant ainsi de circuler et d’être redistribués. L’encre indélébile de la censure viendrait alors recouvrir l’encre de la connaissance, du témoignage, de l’information. C’est sur cette opération de censure que viennent s’inscrire les écrits politiques de Marguerite Duras. »

À peine avais-je pris une photo d’un des deux murs qui encadrent la grande salle qu’une « responsable » me saute sur le paletot en me disant que c’est interdit.

OK, je me débrouillerai donc dès qu’elle aura le dos tourné (à moins qu’elle n’ait des yeux derrière la tête). Car je ne pense pas mettre en péril les droits d’auteur de l’écrivain-cinéaste avec ces quelques images publiées sur mon blog, sinon on me le fera sans aucun doute promptement savoir.

« Réduire, dit-il » l’emprise des diktats débiles sur nos esprits. Marguerite effeuilla durant toute sa vie la résistance.

Duras Song1_DH

Duras Song2_DH

Duras Song3_DH

Duras Song4_DH

Duras Song5_DH

Duras Song6_DH

Duras Song7_DH(Toutes ces photos sont agrandissables.)

[ ☛ à suivre ]

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12 réflexions sur “« Réduire, dit-il » : visite de l’exposition « Duras Song » [1/3]

  1. brigetoun dit :

    merci d’avoir bravé pour nous la censure sur pattes des textes passés au bleu
    merci d’avoir préféré cela aux turlupinades dispendieuses

  2. @ brigetoun : entre les plagiats de Koons et les bancs grillagés du zozo écervelé (avec mandat UMP) d’Angoulème, flash back vers la grande Marguerite qui sème, contre vents et marées, imperturbablement.

    Merci pour votre passage !

  3. Alex dit :

    Marguerite Duras, un monument. Très intéressante, sa vie d’espionne pendant la guerre de 1940. Pas encore vu l’expo.
    Une écrivaine, une auteure, ce n’est pas esthétique, dans le bon goût francais. Je préfère l’ancienne dénomination.

  4. Francesca dit :

    Bravo et merci pour avoir écrit et – courageusement – photographié une partie de cette très belle expo. Les vitrines vers l’extérieur sont pleines de pépites elles aussi, même s’il faut une bonne forme, bon pied, bon oeil pour rester penché à lire et à décrypter les photos. Mais on peut aussi s’asseoir et prendre un casque pour écouter.
    Il faut plusieurs visites. De même il faut plusieurs lectures et on attend ta suite.
    On pouvait parallèlement s’engouffrer dans les salles 1 et 2 pour (re)voir les films et se laisser bercer, bien au chaud entre amateurs… un pur régal.

  5. Francesca dit :

    Merci d’avoir bravé l’interdit en photographiant quand même cette très belle et dense expo dans une espèce d’aquarium qui convient bien aux confidences murmurées sur bruit de ressac.
    On se réjouit de lire les suites 2 et 3 !
    Il fallait aussi voir tous les films, programmés juste deux fois en novembre et décembre. On peut avoir des DVD mais le plaisir est décuplé par la présence muette des autres amateurs
    Même avec ses côtés parfois agaçants, c’était une grande et on est heureux de voir que Duras dure…

    • @ Francesca : Duras, ton univers incomparable…

      Je n’ai pas compris pourquoi la projection des films ne… durait pas aussi longtemps (28 nov. au 20 déc.) que celle de l’expo ! Mais j’en ai déjà vu pas mal, quoique j’aurais bien aimé en revoir, même si on peut encore dénicher quelques DVD à la librairie du Centre (« India Song », « Baxter, Vera Baxter », etc.).

  6. Où je m’aperçois que je ne me suis pas encore aventuré dans l’univers de Marguerite Duras. Il y a tant à lire….
    Et de repenser à un âne qui me reprochait il y a peu de « relire » Crime et châtiment :

    • Je suis très admiratif de ces gens qui vous relisent un pavé, comme ça, d’instinct, juste avant d’aller au lit.
      J’espère pour eux que cela leur arrive de lire au moins une première fois.

    Ma réponse n’a pas tardé :

    • Et pourquoi selon vous ne pourrait-on pas relire ceux que l’on a déjà lus ?
      Y verriez une tare quelconque ?
      Je vais vous confier un « secret », cela doit faire un peu plus de vingt ans que je lis La Recherche, parfois par tome entier, parfois des passages au hasard, quelquefois une phrase ou deux.
      Il y a une chose que je ferai pour la première fois un jour : lire le dernier chapitre que je me suis toujours refusé d’aborder.
      Vous voyez bien qu’il m’arrivera de lire au moins une première fois….

    Il y a toujours une première fois, parfois même chez ceux que l’on connait le mieux.
    Pardon d’avoir été aussi long et un peu hors sujet.

  7. @ Defrancoisjose : Mais non, c’est bien, un commentaire qui prend son temps…
    Et tu as la chance de n’avoir encore rien lu (ou vu ?) de Marguerite Duras, car tu pourras la découvrir, et aller même, à chaque fois, jusqu’au dernier chapitre (ou au plan final) !

    Tu peux commencer par « Moderato cantabile », tu comprendras d’emblée sa « petite » – ou grande – musique.

  8. czottele dit :

    oui « Moderato cantabile » pour commencer à entendre sa musique… mais aussi « Le Ravissement de Lol V. Stein » qui m’a ravie au double sens du terme aussi… Paris me tente encore, toutes ces expos (à part les turlupinades de JK) que je ne pourrai voir sinon par vos yeux (les 3), heureusement que vous êtes là!

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