Archives du 14/01/2015

Quand je suis parvenu sur le parvis

La nuit semblait à la fois douce et froide quand je suis parvenu sur le parvis. J’avais garé mon camion juste à côté du Monop’, je devais leur livrer quelques marchandises. Il fallait aussi que j’achète une bouteille de Saint-Amour avant que les caissiers ne déclarent qu’il était 21 heures et que c’était terminé, le laxisme (enfin, ils n’employaient pas ce mot-là, simplement le terme « interdiction »).

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Belle vue sur Beaubourg, la nuit : le serpent argenté grimpe toujours vers le sommet, on dirait qu’il ne se repose jamais un seul instant. Le Centre Pompidou devrait être ouvert constamment en nocturne, pas seulement pour des fins d’événements attirant les foules d’amateurs d’art ou de badauds que l’on n’arrive plus à écluser. Ce bâtiment, honni des bien-pensants lors de sa construction, est une œuvre d’art : il aurait pu jouer à lui tout seul sa propre et unique exposition.

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En sortant du magasin à étage qui est ouvert jusqu’à minuit (« parce qu’après minuit, c’est demain », proclame une inscription sur un mur), la piazza s’étend devant moi. De rares promeneurs y circulent encore, comme s’ils s’étaient égarés ou cherchaient un peu de répit. Les lampadaires diffusent un halo de repos, après ces jours de tragédie. Tout n’est ici que lux, calme et liberté.

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Comme pour chaque livraison, je n’ai pas oublié que j’ai rendez-vous avec cette femme, elle m’attend, elle me l’a dit. Sa bouche me parle derrière la vitre, elle me susurre des mots caressants, elle voudrait qu’un soir je l’emmène dans mon véhicule, jusque chez moi. Là, elle ferait sauter le cadre des conventions, du quotidien, de la misère et du malheur. Sa beauté subjuguerait alors, sans réplique possible, ceux qui souhaitent, dans leur inconscience, la défigurer parce qu’ils en sont terriblement jaloux.

Cadre4_DH(Toutes ces photos, prises lundi soir, sont agrandissables.)

(John Coltrane, Naima)

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