Archives du 30/01/2015

Surveillance statique [8]

(cliquer sur l’image)

Intermittente du spectacle, la pluie a stoppé. Ma cible s’est rendue (en métro) jusqu’à la bibliothèque Rainer Maria Rilke, pas très loin de la station du RER B de Port-Royal. J’ai pris peu après l’ascenseur qui conduit au deuxième étage et j’ai fureté discrètement dans les rayons en attendant que notre ami redonne, hors délais, son livre emprunté. En montrant ma carte barrée de tricolore à l’employée, j’ai pu savoir qu’il s’agissait des Sermons de Jacques-Bénigne Bossuet.

Mais le temps que je consulte l’ouvrage, toujours aussi amusant, le locataire de l’Element Hotel avait mis les voiles. Mince ! Heureusement, la mini-balise GPS fonctionnait : le petit clignotement vert sur mon smartphone m’indiquait qu’il se dirigeait à pied tout droit vers le boulevard Saint-Michel. Je ne l’apercevais pas lui-même, je le suivais à distance (j’étais devenu maintenant un spécialiste de la « surveillance dynamique »).

J’admirais au passage la grande porte de l’École supérieure des Mines qui ressemblait presque à un chevalet en pierre. La Sorbonne somnolait, un stand contre la dictature iranienne rappelait sa vocation politique. Le musée de Cluny semblait, lui, toujours planté dans une autre Histoire.

Plus je m’approchais de la fontaine célèbre, plus les touristes se faisaient nombreux : jamais les téléphones n’avaient pris autant de photos (imaginons les téléphones à fil d’antan permettant de faire des clichés d’intérieurs…). Le temps n’était pas au beau, c’était comme un jour à se jeter à l’eau. Je repensais au poète Ghérasim Luca.

Sur le pont Saint-Michel stationnaient plusieurs voitures de police, tous gyrophares allumés, en compagnie d’une ambulance du Samu. Je m’approchai et demandai à un gradé ce qui se passait :

– Apparemment, c’est un type qui a enjambé le parapet, on a été prévenus tout de suite, mais il n’a pas encore été repêché.

Sur l’écran de mon smartphone, la balise avait cessé d’émettre, plus aucun signe de vie n’apparaissait.

Le maître des grandes orgues de Notre-Dame de Paris pourrait continuer à jouer du Bach, cette musique intemporelle.

(J.S. Bach, Toccata et Fugue, BWV 565, par Sébastien Roux)

[ ☛ FIN ]

Tagué , , , , , , , ,