Ce cadrage est sans pitié

(cliquer sur l’image)

« Il y a des tableaux parce qu’il y a des murs. »

Georges Perec, Espèces d’espaces, Éditions Galilée, Paris 1974 (Médiations N° 146, 1976, page 58).

Je me suis posé la question, une fois encore (principe de répétition) : pourquoi tout est-il cadré ou encadré ?

Notre vie, nos habitudes, nos désirs, nos rêves, nos élans, nos déplacements, nos transports, amoureux ou autres, notre passé, notre futur, nos lectures, nos visions (films, tableaux, scènes de la vie quotidienne), ce que nous entendons.

Il existerait donc une sorte de géométrie de l’existence, et Dieu s’appellerait Pythagore (ne pas représenter son portrait, danger !).

L’appareil photo cadre les choses, comme Georges Perec les enregistre sur son carnet. Elles sont inscrites dans un carré ou un rectangle, horizontal ou vertical, comme mises à l’abri, circonscrites à un espace qui ne doit pas déborder des limites. On pourrait imaginer un « grand angle » (objectivement) non soumis aux règles optiques de la photo et qui balaie au-delà de ce qui est prévu. On ne constaterait même pas sur l’écran ce qu’il va retenir comme images au final.

Un « cadreur » (ou caméraman) cale dans son viseur ce qui ne doit pas en sortir. Le plan fixe est reposant à cet effet. Le « hors-champ » équivaut, je crois, au « horla » : le fantastique vient alors rôder sur les bords.

Si l’on pouvait sortir du cadre, l’horizon apparaîtrait sans doute plus immense que ce que l’on peut en deviner (les lunettes délimitent le champ de vision, plus que les lentilles de contact, comme leur nom l’indique).

Les « portes de la perception » (relire Aldous Huxley) s’ouvrent aussi d’une autre manière – l’imagination ou certaines substances contribuent à leur élargissement – et puis il suffirait peut-être de sauter par la fenêtre.

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27 réflexions sur “Ce cadrage est sans pitié

  1. brigetoun dit :

    pourquoi sommes nous cadrés, pourquoi tout est-il cadré ? peut-être pour le plaisir du hors-champ, de le désirer, du pas de côté même si – on a beau faire – on ne sort pas

  2. @ brigetoun : l’art est de savoir décadrer (quand il le faut).

  3. contre le mur une échelle un bout pend du tableau et caresse le haut de l’échelle agité par le vent sur le pont les personnages regardent dans ma direction à la barre la trame de la toile est vierge mes cheveux sont trempés aurais je réussi à sortir du cadre?
    voilà voilà une journée
    merci Dominique

  4. Hv dit :

    Décaisser les fondations de l’art, décadrer les points de vue, désencadrer les préceptes mais comment échapper aux supports qui, même dématérialisés, demeurent ?

  5. Désormière dit :

    Et que dire des contours et du cadre du trou de serrure ?

  6. « Il y a des tableaux parce qu’il y a des murs. » Exactement.
    D’ailleurs, il y a des poèmes immortels parce qu’il y a toujours eu des pages blanches (et quelqu’un a bien sûr transcrit sur papier les grands poèmes de la tradition orale).
    À présent, les pages blanches virtuelles ne peuvent pas se passer d’une idée « physique » qui passe par une main « humaine » ainsi que par des murs ou des supports de n’importe quel matériau…
    Je propose un séminaire-expo au Beaubourg, titré LA MAIN ET LE MUR !

  7. @ biscarrosse2012 : la main ne lâche pas le pinceau (tu en sais quelque chose), les doigts ne quittent pas le clavier (ordi ou piano) : il suffit de se concerter !

  8. Alex dit :

    Il a fallu inventer les murs pour y accrocher les tableaux.
    Et c’est là que quelqu’un a dit : et si on inventait les maisons ?

  9. @ Alex : Et quelqu’un a eu l’idée du toit pour y suspendre des éclairages, depuis des lustres.

  10. lanlanhue dit :

    cadre, hors cadre, hors-là, fenêtre sur rue qui bouge ça bouge dans le cadre ! 😉

  11. Francesca dit :

    Eviter de sauter hors du cadre sous l’influence de « certaines susbtances »…

  12. Alex dit :

    @ biscarosse : et si le poème préexistait quelque part dans les nuages, où le poète le rencontre dans son parcours, la page blanche n’ayant été inventée que pour magnifier et sceller ce moment ?

  13. anna jouy dit :

    j’aime bien l’idée du horla, maupassant et le fantastique qui apporte une touche très inattendue et donc brise le cadre ..

  14. Les cadres ne sont là que pour que l’on ait un appui pour prendre son élan et plonger vers le hors-cadre, là où la réalité dépasse l’imagination. Là-dehors, les tableaux sont libres sans cadre ni clous…

  15. gballand dit :

    Essayons donc de voir notre vie comme un hors champ…

  16. Il y a longtemps, j’avais un prof de dessin, M. Dave. Non, non pas le chanteur ! Encore que bien souvent la musique habitait plus les murs de la salle 126 que les travaux que nous étions supposés effectuer..
    Ce professeur, M. Dave, me disait souvent : « Sors du cadre, ta voie est en dehors du cadre. »
    Quand on est jeune, on ne sait pas bien écouter, encore moins comprendre.
    J’ai vieilli, un peu, et je commence à comprendre. Il n’est peut-être pas encore trop tard pour regarder juste un peu au-delà du « clair » des verres.

    • @ Defrancoisjose : merci pour votre commentaire.

      On se souvient toujours des profs qui nous ont marqué – c’est là où l’on voit la valeur inestimable de l’Éducation nationale, si décriée… – et je pense que ce conseil était fort avisé !

      Chacun doit pouvoir trouver son propre « cadre » (qu’il soit rectangulaire, carré, octogonal, pyramidal, sinusoïde, ou, évidemment, hors limites…).

      Sinon, ce ne serait plus la démocratie ni la liberté ! 🙂

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