Paul Vecchiali : des prises de vues – des prises de vie

Méconnu et injustement minoré, resté incroyablement vif et dynamique, le cinéaste Paul Vecchiali bénéficie, enfin, d’un coup de projecteur avec la sortie nationale, depuis le 28 janvier, de son dernier film Nuits blanches sur la jetée (d’après une nouvelle de Dostoïevski) et d’une rétrospective à Paris, dans quelques cinémas, d’une partie de son œuvre abondante.

Je l’ai découvert tout récemment (je le connaissais uniquement de nom) et sa démarche originale, hors sentiers battus ou cadres imposés, est tout à fait enthousiasmante.

Nuits blanches sur la jetée (2015) est une confrontation « théâtrale » entre deux personnages dont le marivaudage s’en ira à vau-l’eau malgré l’intensité de leur rencontre. Dédié notamment à Robert Bresson, ce film (vu au MK2 Beaubourg le 7 février) utilise de longs plans séquences dans lesquels les acteurs principaux sont étonnants. Astrid Adverbe et Pascal Cervo (ce sont leurs noms) impriment en effet sur l’écran une sorte de suspense amoureux d’une émotion rare.

Rosa la rose, fille publique (1986) a été tourné – avec le manège de l’époque – dans le quartier des Halles et met en scène avec force et humour un mélodrame réaliste et social qui se joue dans l’univers de quelques prostituées, avec notamment les actrices Marianne Basler et Catherine Lachens, et leur souteneur joué par Jean Sorel. Le 14 février, ce film était diffusé en présence de Paul Vecchiali, qui a répondu aux questions des spectateurs (je lui en ai posé une sur ses relations avec les cinéastes de la Nouvelle vague : il a réaffirmé son indépendance et sa « ligne » personnelle avec précision et détermination, en souriant).

Corps à cœur (1979) peint une histoire d’amour fou entre un mécanicien de garage et une pharmacienne grande bourgeoise : réussite totale pour cette plongée (2h 6mn, vu le 17 février au MK2 Beaubourg) dans un univers où se confrontent le populaire et le chic, le désir et l’impossible, avec Hélène Surgère, magnifique, et Nicolas Silberg, électrique.

Les films de la rétrospective (elle se déroule depuis le 11 février), quelles que soient leurs dates de création, ont tous été restaurés numériquement en haute définition : les images et le son apparaissent ainsi comme neufs, tout juste accouchés au fur et à mesure des prises de vues – des prises de vie – réalisées par la caméra virevoltante ou fixe de Paul Vecchiali.

Vecchiali1_DH

Vecchiali2_DH

Vecchiali3_DH(Paul Vecchiali, Marianne Basler, Catherine Lachens, Renato Berta)

Vecchiali4_DH (Photos du 14 février, séance à 19:45. Cliquer pour agrandir.)

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16 réflexions sur “Paul Vecchiali : des prises de vues – des prises de vie

  1. brigetoun dit :

    à travers vous me viens l’envie qu’il ne soit plus pour moi simplement un nom, un vague regret (quoique, en consultant la liste de la rétrospective je crois avoir vu femmes, femmes, sans que cela éveille en moi plus qu’un petit salut de reconnaissance)

  2. Pour moi, c’est une découverte. Merci pour cela et toutes vos précisions !

  3. En italien « vecchio » veut dire « vieux », tandis que pour dire « lunettes » on dit « occhiali ». Donc Vecchiali serait un « Vecchio con gli occhiali », c’est-à-dire un homme vieux avec les lunettes (cinématographiques) incorporées.
    Et maintenant, comment commenterait-on en Italie cette prodigieuse récupération de l’œuvre tenace du cinéaste ? On dirait probablement : « hanno s-vecchiato Vecchiali ! » où le participe « svecchiato » correspond à peu près au français ré-habilité…
    Ah, « Rosa la rose », quel titre !

    • @ biscarrosse2012 : Exactement : « Réhabilitation » plutôt que « récupération » (sauf pour les images ayant retrouvé leur jeunesse !).

      Ce cinéaste est vraiment distingué et méritait… de l’être aussi de cette manière-là !

  4. Alex dit :

    Piéger la vie avec une caméra…

  5. ce que j’aime chez ce cinéaste, c’est le culte qu’il voue, comme moi, à l’immense DANIELLE DARRIEUX.

  6. Francesca dit :

    Très belle découverte pour moi aussi, qui ne connaissais que son nom et sa réputation.
    De l’excellent cinéma comme on ne sait plus guère en faire, avec un subtil mélange de critique sociale, d’histoires d’amour(s) sensibles et jamais gnangnan, de sexe décomplexé qu’on ne reverra pas demain… Et alors, quel don du casting pour faire incarner de nombreux personnages tous parfaitement croqués par des acteurs admirablement dirigés !

    • @ Francesca : tu as fort bien résumé les qualités de cet artiste.
      La comparaison avec la flopée actuelle de petits films français qui sortent à la chaîne montre cruellement la disparition de celles-ci !

  7. son plus beau film : EN HAUT DES MARCHES (1983)… avec DANIELLE DARRIEUX

  8. @ Chesnel Jacques : OK.

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