Archives du 22/02/2015

« Riposte canine »

(Cliquer sur l’image, prise samedi rue Beaubourg, Paris.)

« J’ai rêvé que je cheminais dans une venelle étroite ; mes vêtements et mes souliers étaient percés, j’avais l’air d’un mendiant.
Un chien se mit à aboyer derrière moi.
Je me retournai avec hauteur et le tançai rudement :
« Assez ! Silence ! Vous autres chiens, vous ne savez que flagorner les puissants et brimer les humbles ! »
« Hi ! Hi ! » rit-il, et il enchaîna : « Vous me flattez, mais vraiment sur ce chapitre, nous sommes loin d’égaler les humains. »
« Quoi ? » Je suffoquais de colère, trouvant ceci la dernière des insultes.
« Je confesse mon infériorité : je ne sais toujours pas distinguer le cuivre de l’argent, ni la toile du brocart ; je ne sais pas distinguer un bureaucrate de ses administrés, ni le maître de l’esclave, je ne sais pas… »
Je me sauvai à tout allure.
« Hé, ne fuyez pas ! Bavardons un moment… » criait-il derrière moi dans l’espoir de me retenir.
Je détalai droit devant moi, courant de toutes mes forces tant et si bien que je réussis à m’échapper de mon rêve pour me retrouver dans mon lit.

23 avril 1925. »

Lu Xun, La Mauvaise herbe, 10 x 18, 1975, introduction et traduction de Pierre Ryckmans (N° 943, Riposte canine, page 91).

Tagué , ,