Archives du 21/04/2015

Taxi filmeur (« Taxi Téhéran »)

Installés dans le taxi à l’arrêt, on voit passer toutes ces femme voilées, la couleur noire déambule dans un sens ou dans l’autre, le véhicule doit être jaune d’après l’avant du capot, et puis le travelling commence, il ne s’arrêtera qu’à la fin – stupéfiante – du film Taxi Téhéran, on aura embarqué des gens de toutes conditions avec leurs problèmes quotidiens, leurs espoirs de petite vente sous le manteau de DVD occidentaux ou d’accomplissement d’une promesse, l’impromptu d’un accident de moto, et le chauffeur qui est le cinéaste lui-même, Jafar Panahi, avec sa casquette au début, le sourire de celui qui ne se fait plus d’illusions sauf en images, sa nièce délurée qui essaie de réaliser un court-métrage selon les règles imposées par la doxa islamique et qui rappellent la célèbre tirade du Mariage de Figaro (acte V, scène 3) de Beaumarchais (à condition de ne filmer rien de ce qui est violent ou pas beau ou pas dans les normes, j’ai le droit de tout enregistrer), son itinéraire dans Téhéran dont on n’aperçoit que des rues quelconques avec des voitures assez bizarres de marques étrangères, la réflexion philosophique sur la soi-disant exemplarité de la peine de mort, la liberté du créateur sous un régime étatique à pensée unique, l’avocate qui plaide pour les droits de l’homme (ça existe paradoxalement dans l’empire des mollahs !), on croise aussi un ami qui s’est fait dépouiller par le serveur d’un bar où il invite la cinéaste en herbe qui filmera plus tard avec son petit appareil Canon un gamin qui ramasse dans la rue un billet de banque perdu par un jeune marié mais lui demande d’aller le rendre car son court-métrage, en montrant une telle action immorale, ne serait pas « diffusable », à l’instar du film de son oncle, déjà condamné par le régime, dont l’œuvre n’est pas visible en Iran mais est sortie clandestinement du pays et a été récompensée, entre autres, par l’Ours d’Or (capitaliste) du 65ème festival international du film de Berlin, le 14 février 2015.

A la fin de la séance, samedi dernier à 20 heures au Majestic Bastille, des applaudissements ont éclaté dans la salle archi-pleine tandis que se déroulait le générique de ce film généreux et inventif (le jeu des caméras depuis l’intérieur du taxi, jamais mis en scène autrement), humoristique, au scénario joliment travaillé, avec des acteurs non professionnels mais impliqués, une fable affable jouant sur la dialectique fiction/réalité dans une démarche politique (ou un trajet automobile) à l’élégance délicatement musicale.

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Pahini2_DH(Ces photos sont agrandissables.)

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