Archives du 22/05/2015

« Marx était en effet solidement bâti : d’une taille au-dessus de la moyenne… »

Immanquablement, à Paris sur le boulevard de Magenta (10e), quand je remonte vers le cinéma Louxor, je passe devant ce rideau rouge et alors je pense à Karl Marx en me demandant s’il serait entré dans cette boutique qui annonce qu’on s’y occupe particulièrement des grandes tailles.

Karl1_DH

J’ai retrouvé un texte de Paul Lafargue, qui avait délaissé quelque peu son Droit à la paresse (1880) pour écrire en 1890 ces « souvenirs personnels » sur son beau-père, figure intellectuelle à la fois politique et philosophique dont il semble qu’on ne parle plus guère maintenant.

Extrait : « Marx était en effet solidement bâti : d’une taille au-dessus de la moyenne, les épaules larges, la poitrine bien développée, il avait le corps bien proportionné, quoique le tronc fût un peu trop long par rapport aux jambes, ce qui est fréquent chez les Juifs. »

Il faudra sans doute attendre un livre du bûcheron de service, Michel Onfray, pour couper symboliquement la tête de l’inventeur (sans le savoir) du marxisme.

Sur le trottoir, un type au pantalon jaune et coiffé d’un chapeau de soleil se dirige dans le même sens que moi : il semble venu tout droit de l’époque coloniale. C’est une rencontre logique puisque Marx avait déjà identifié et analysé le phénomène capitaliste qui serait nommé plus tard la mondialisation :

« Poussée par le besoin de débouchés toujours nouveaux, la bourgeoisie envahit le globe entier. Il lui faut s’implanter partout, exploiter partout, établir partout des relations.
Par l’exploitation du marché mondial, la bourgeoisie donne un caractère cosmopolite à la production et à la consommation de tous les pays. Au grand désespoir des réactionnaires, elle a ôté à l’industrie sa base nationale. Les anciennes industries nationales ont été détruites, et le sont encore tous les jours.
Elles sont supplantées par de nouvelles industries dont l’adoption devient, pour toutes les nations civilisées, une question de vie ou de mort ; ces industries n’emploient plus des matières premières indigènes, mais des matières premières venues des régions les plus lointaines et dont les produits se consomment non seulement dans le pays même, mais dans toutes les parties du monde. A la place des anciens besoins satisfaits par les produits nationaux, naissent des besoins nouveaux qui réclament pour leur satisfaction les produits des pays et des climats les plus lointains. A la place de l’ancien isolement et de l’autarcie locale et nationale, se développe un commerce généralisé, une interdépendance généralisée des nations. Et ce qui est vrai de la production matérielle ne l’est pas moins des productions de l’esprit. Les œuvres intellectuelles d’une nation deviennent un bien commun. Le particularisme et la frontière nationale deviennent de plus en plus impossibles ; de la multiplicité des littératures nationales et locales naît une littérature mondiale. »

Karl Marx, Le manifeste du Parti communiste, 1847 (Union Générale d’Éditions 10 x 18, N°5, 1972, pages 23 et 24).

Karl2_DH

Karl3_DH(Les trois photos, prises le 20 mai, sont agrandissables.)

Tagué , , , , , ,