Archives du 21/06/2015

« Valley of Love » : cinéma du désert, désert du cinéma

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Valley of Love est un film à la fois vide et boursouflé dont l’ambition serait de figurer à la fois l’absence et la réapparition, comme si ce misérable miracle existait.

Valley of Love se déroule dans la Vallée de la Mort en Californie (il fallait changer le nom pour signer la création) qui n’est utilisée que comme un pâle décor de carton-pâte sans signification, pourtant la Mer de sable n’est pas si loin de Paris. L’indigence perlée des dialogues ne fait pas de vagues.

Valley of Love met en scène, si l’on ose dire, deux acteurs connus, des « monstres » cinématographiques : Isabelle Huppert dans le rôle quasi anorexique de l’ex-femme de Gérard Depardieu, acteur devenu Bibendum, auxquels leur fils suicidé six mois auparavant a donné rendez-vous par lettre pour les retrouver au terme d’un parcours américain à bord d’un gros véhicule de marque Ford.

Lu après coup dans Les Cahiers du cinéma (juin 2015, N° 712, page 14), l’article de Stéphane Delorme : « Que Depardieu et Huppert soient réunis dans la Vallée de la Mort, c’est un coup de casting, et le désert du réel autour d’eux montre bien qu’il n’y a pas d’autre idée que ça, et le film n’a aucune destination ni destinataire. »

Valley of Love est dédié par le cinéaste Guillaume Nicloux à son père – il est vrai qu’il porte le même prénom que le vrai fils, mort en 2008, de l’acteur tête d’affiche. Le cinéaste opère ainsi dès le début un transfert vers l’enfer, météorologique en tout cas.

Mais Valley of Love ne réussit à traiter aucun sujet : ni métaphysique (juste physique, le « héros » principal débordant parfois de la piscine et de l’écran), ni relationnel (l’hystérie se joue artificielle), ni émotionnel (les larmes se confondent avec la sueur, les sentiments avec la chaleur), ni social (les motels US sont laids, le type qui veut une dédicace se fait avoir et la salle rigole de la bonne blague).

Valley of Love est fabriqué avec une seule idée, un « suspense » qui se voudrait insoutenable (le fils photographe va-t-il venir vraiment là ?) et qui se retrouve torpillée elle-même par le réalisateur-scénariste dans deux séquences de la fin tournant au grand (ou au petit) Guignol.

De Valley of Love, on sauvera la musique de Charles Ives, qui aurait sans doute convenu sur des images différentes.

Et si l’on veut une comparaison avec une autre œuvre sur une thématique approchante, on repensera à La Chambre du fils, le film bouleversant de Nanni Moretti.

Déroulé à son côté, Valley of Love ne vaut ni clou ni cent.

Valley2_DH(Photos prises et film vu le 17 juin. Cliquer pour agrandir.)

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