« Valley of Love » : cinéma du désert, désert du cinéma

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Valley of Love est un film à la fois vide et boursouflé dont l’ambition serait de figurer à la fois l’absence et la réapparition, comme si ce misérable miracle existait.

Valley of Love se déroule dans la Vallée de la Mort en Californie (il fallait changer le nom pour signer la création) qui n’est utilisée que comme un pâle décor de carton-pâte sans signification, pourtant la Mer de sable n’est pas si loin de Paris. L’indigence perlée des dialogues ne fait pas de vagues.

Valley of Love met en scène, si l’on ose dire, deux acteurs connus, des « monstres » cinématographiques : Isabelle Huppert dans le rôle quasi anorexique de l’ex-femme de Gérard Depardieu, acteur devenu Bibendum, auxquels leur fils suicidé six mois auparavant a donné rendez-vous par lettre pour les retrouver au terme d’un parcours américain à bord d’un gros véhicule de marque Ford.

Lu après coup dans Les Cahiers du cinéma (juin 2015, N° 712, page 14), l’article de Stéphane Delorme : « Que Depardieu et Huppert soient réunis dans la Vallée de la Mort, c’est un coup de casting, et le désert du réel autour d’eux montre bien qu’il n’y a pas d’autre idée que ça, et le film n’a aucune destination ni destinataire. »

Valley of Love est dédié par le cinéaste Guillaume Nicloux à son père – il est vrai qu’il porte le même prénom que le vrai fils, mort en 2008, de l’acteur tête d’affiche. Le cinéaste opère ainsi dès le début un transfert vers l’enfer, météorologique en tout cas.

Mais Valley of Love ne réussit à traiter aucun sujet : ni métaphysique (juste physique, le « héros » principal débordant parfois de la piscine et de l’écran), ni relationnel (l’hystérie se joue artificielle), ni émotionnel (les larmes se confondent avec la sueur, les sentiments avec la chaleur), ni social (les motels US sont laids, le type qui veut une dédicace se fait avoir et la salle rigole de la bonne blague).

Valley of Love est fabriqué avec une seule idée, un « suspense » qui se voudrait insoutenable (le fils photographe va-t-il venir vraiment là ?) et qui se retrouve torpillée elle-même par le réalisateur-scénariste dans deux séquences de la fin tournant au grand (ou au petit) Guignol.

De Valley of Love, on sauvera la musique de Charles Ives, qui aurait sans doute convenu sur des images différentes.

Et si l’on veut une comparaison avec une autre œuvre sur une thématique approchante, on repensera à La Chambre du fils, le film bouleversant de Nanni Moretti.

Déroulé à son côté, Valley of Love ne vaut ni clou ni cent.

Valley2_DH(Photos prises et film vu le 17 juin. Cliquer pour agrandir.)

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26 réflexions sur “« Valley of Love » : cinéma du désert, désert du cinéma

  1. gballand dit :

    Voilà qui est dit. Très dissuasif. Merci de nous épargner le prix d’une séance 😉

  2. Finalement, une belle promenade aurait été préférable, il semblait faire très beau dehors !

  3. brigetoun dit :

    grand merci… je me disais vaguement, sana enthousiasme que devrais faire l’effort de tenter… ne ferai pas l’effort !

  4. annaj dit :

    entre MacDo et Planet… une morbide vallée dont on reviendrait ventre vide et monde creux ?

  5. Désormière dit :

    La vallée de l’amour ! Le titre, même en anglais, dans sa grandiloquence (un peu gnangnan quand même), introduit un soupçon. Tout a été prévu pour être immense dans ce film, le choix des acteurs réputés tels, certaine corpulence, les sentiments, l’objet du rendez-vous, et bien sûr la fameuse vallée. Ajoutons donc le « Grand Guignol ».

  6. gednel dit :

    Merci pour cet article. J’allais y aller. Moins envie d’un seul coup.

  7. Jean-Pierre dit :

    Merci Dominique, tu m’épargnes un ticket perdant.
    J’ai eu la chance de voir en avant première à Nice le « Mia Madre » de Nanni Moretti…
    Je ne peux que vous encourager, chers aficionados des MétronimiQues, à réserver votre place pour cet opus magnifique.
    Bon dimanche à toutes et à tous.

  8. @ Jean-Pierre : merci pour le Nanni Moretti, pas encore sorti en salles… (mais chacun est libre de prendre son ticket !).

  9. gednel dit :

    D’un autre côté il fait beau, d’abord aller voir le spectacle de la mer 😉

  10. Alex dit :

    Je profite du solstice d’été, le 21 juin, où la nature est au comble de sa mugnificence- pour aller me promener sous les arbres du parc; et dans mes rêveries je me fais mon cinéma dans ma tête.

    • @ Alex: vous avez raison, là vous pouvez écrire votre propre scénario, engager les acteurs que vous désirez, placer la caméra là où il faut (et ne rien payer à l’entrée)…

  11. Francesca dit :

    Il vaut mieux parler des films – livres, CD etc. – qu’on a aimés plutôt que dézinguer les autres, mais là on fait oeuvre de salubrité publique en évitant un déplacement inutile à ceux qui n’ont pas vu cette fichue Vallée de l’Amuuur… Plus on en attendrait, plus on serait déçu ! J’espérais au moins des paysages merveilleux, que nenni. C’est mal vu, mal fichu, mal filmé. Désolant. Et cette quête du retour improbable du fils est quasiment ridicule, on s’en désintéresse vite.
    Si l’on aime Huppert comme moi, on est juste attentif à la moindre de ses expressions, à la beauté toujours translucide de son visage, à ses larmes ; ça occupe le néant de l’ennui.
    Dans les histoires de famille, on jette ce fils et on demande avec véhémence la mère de Nanni Moretti !

    • @ Francesca : merci pour cet avis d’une cinéphile avisée.

      Le mieux qu’il reste à faire est évidemment d’attendre la sortie du dernier Moretti (qui est, lui, un cinéaste subtil)… 🙂

  12. PdB dit :

    (non celui-là je ne le verrai pas j’aime pas ce gros qui aime putin; chacun ses goûts) en revanche j’irai bien voir « mustang » ainsi que « les mille et une nuits » de ce cinéaste portugais qui nous avait donné le si beau « tabou » (Miguel Gomès) (et Nanni Moretti oui évidemment anéfé)

  13. pascale dit :

    Merci de nous éviter le pire! Pour reprendre le fil de l’eau suis allée flâner chez Bruno Podalydès  » Comme un avion » et continue à dériver, sous le charme, plusieurs heures après … ça doit être l’absynthe! 😊

    • @ pascale : j’ai entendu dire du bien ce soir au « Masque et la plume », sur France Inter, de ce film (« le kayak est un avion sans ailes », a dit Jérôme Garcin, ce doit donc être plaisant !)…

  14. arlette dit :

    Un certain malaise inconscient à sa parution et l’impression d’un coup médiatique !! cela aurait pu… être beau dommage pour Huppert
    Merci de rejoindre mes pensées

  15. @ arlette : on sens qu’Huppert s’est laissée entraîner presque malgré elle dans cette galère et son comportement dans le film le laisse entrevoir…

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