Archives du 26/06/2015

« Different Trains »

(cliquer sur l’image et le petit haut-parleur.)

Il est toujours fascinant de regarder un train passer sous soi (sur soi, cela doit durer moins longtemps que six secondes), et il semble alors que l’on enfante ce serpent qui ne se mord même pas la queue puisqu’elle est ici inapparente, vu le format de la vidéo imposée.

J’ai dû le guetter au moins vingt minutes, hier matin à Évry, et je n’étais pas sûr de « capter » la séquence au bon moment car ce genre de convoi ne prévient pas, ne s’annonce pas à l’avance par une sorte de tremblement de l’environnement, et paraît plutôt silencieux.

Les wagons défilent dans une sorte de grand jeu – un scenic railway horizontal – qui, vu de haut, semble coller en vitesse à la terre, à l’herbe qui borde la voie enfoncée dans son étroit canyon auquel une porte verrouillée, au bout de la descente d’un escalier, interdit d’accéder.

À un mètre en contrebas de la rambarde du pont, la petite pancarte jaune énonce qu’il faut se méfier des fils électriques et que « la caténaire sous tension » représente un danger de mort. Quelqu’un a lancé sans façon une bouteille de vodka sur la grille qui protège les rails et ceux qui les parcourent.

Depuis ce pont, pas loin de la grande mosquée, j’ai repensé à une pièce musicale de Steve Reich : répétition lancinante et hypnotique d’un mouvement, reproduction infinitésimale du presque même et du changeant, débordement vers une ligne de fuite avec ou sans arrêt définitif, progression rythmée dans l’espace du dehors et du dedans, historique et intime.

(Steve Reich, Different Trains)

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