« Different Trains »

(cliquer sur l’image et le petit haut-parleur.)

Il est toujours fascinant de regarder un train passer sous soi (sur soi, cela doit durer moins longtemps que six secondes), et il semble alors que l’on enfante ce serpent qui ne se mord même pas la queue puisqu’elle est ici inapparente, vu le format de la vidéo imposée.

J’ai dû le guetter au moins vingt minutes, hier matin à Évry, et je n’étais pas sûr de « capter » la séquence au bon moment car ce genre de convoi ne prévient pas, ne s’annonce pas à l’avance par une sorte de tremblement de l’environnement, et paraît plutôt silencieux.

Les wagons défilent dans une sorte de grand jeu – un scenic railway horizontal – qui, vu de haut, semble coller en vitesse à la terre, à l’herbe qui borde la voie enfoncée dans son étroit canyon auquel une porte verrouillée, au bout de la descente d’un escalier, interdit d’accéder.

À un mètre en contrebas de la rambarde du pont, la petite pancarte jaune énonce qu’il faut se méfier des fils électriques et que « la caténaire sous tension » représente un danger de mort. Quelqu’un a lancé sans façon une bouteille de vodka sur la grille qui protège les rails et ceux qui les parcourent.

Depuis ce pont, pas loin de la grande mosquée, j’ai repensé à une pièce musicale de Steve Reich : répétition lancinante et hypnotique d’un mouvement, reproduction infinitésimale du presque même et du changeant, débordement vers une ligne de fuite avec ou sans arrêt définitif, progression rythmée dans l’espace du dehors et du dedans, historique et intime.

(Steve Reich, Different Trains)

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19 réflexions sur “« Different Trains »

  1. brigetoun dit :

    oui accord entre la musique et le défilé des wagons

  2. @ brigetoun : ou raccord…

  3. Francesca dit :

    Scie assez angoissante sur ce fond de sirènes…

    • @ Francesca : la scie musicale est parfois plus agréable que la tronçonneuse massacrante…

      • Francesca dit :

        Oui. On connaît le comique de répétition mais avec Steve Reich, c’est le tragique de répétition… Terriblement impressionnant !

        @ Francesca : belle expression, ce « tragique de répétition »… 😦 D.H.

  4. à propos de train, j’ai commencé à lire « La fille du train » de Paula Hawkins… frissons garantis… comme on dit souvent : chaudement recommandé

  5. PdB dit :

    ça me fait penser à « North by Northwest » (Sir Alfred, 1959) (musique Bernard Hermann, c’est vrai) : fascinant…

  6. C’est merveilleux ce train qui coule comme la Seine sous le Pont Mirabeau, avec tes mots, « avec ou sans arrêt définitif » !

  7. Alex dit :

    Dans la vie, il faut savoir prendre le train en marche.
    Comme le chantait Charles Aznavour, « mais moi je ne sais pas… »

  8. la photo dynamique et la musique rendent bien le rythme hypnotique du train

  9. Désormière dit :

    J’aime quand un instrument de musique répond à la voix humaine, s’y mêle, s’en mêle.

  10. @ Désormière : Steve Reich réussit à manier les aiguillages.

  11. Zoë Lucider dit :

    Ouf! Enfin un peu de temps pour retrouver les blogs amis. Par hasard, je trouve ici un train, alors que j’en prendrai un demain pour Paris. Vivement la pause!

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