Archives du 07/08/2015

À Uzès (Gard), sans vouloir mésuser [1]

(cliquer sur l’image et le petit haut-parleur)

« Je souhaite que vous ayez une aussi belle récolte à vos deux fermes que nous avons en ce pays-ci. La moisson est déjà fort avancée, et elle se fait fort plaisamment ici au prix de la coutume de France : car on lie les gerbes à mesure qu’on les coupe ; on ne laisse point sécher le blé sur la terre, car il n’est déjà que trop sec, et dès le même jour on le porte à l’aire, où on le bat aussitôt. Ainsi le blé est aussitôt coupé, lié et battu. Vous verriez un tas de moissonneurs rôtis du soleil, qui travaillent comme des démons ; et quand ils sont hors d’haleine, ils se jettent à terre au soleil même, dorment un miserere et se relèvent aussitôt. Pour moi, je ne vois cela que de nos fenêtres, car je ne pourrais pas être un moment dehors sans mourir : l’air est à peu près aussi chaud qu’un four allumé, et cette chaleur continue autant la nuit que le jour ; enfin, il faudrait se résoudre à fondre comme du beurre, n’était un petit vent frais qui a la charité de souffler de temps en temps ; et pour m’achever je suis tout le jour étourdi d’une infinité de cigales qui ne font que chanter de tous côtés, mais d’un chant le plus perçant et le plus importun du monde. Si j’avais autant d’autorité sur elles que le bon Saint-François, je ne leur dirais pas comme il faisait : « Chantez, ma sœur la cigale » ; mais je les prierais bien fort de s’en aller faire un tour jusqu’à Paris ou à La Ferté, si vous y êtes encore, pour vous faire part d’une si belle harmonie. »

Jean Racine, Lettres d’Uzès, 1661.1662, le parefeuille (pages 120-121).

Lettres d'Uzès_DH(scan : agrandir l’image.)

Tagué ,