À Uzès (Gard), sans vouloir mésuser [1]

(cliquer sur l’image et le petit haut-parleur)

« Je souhaite que vous ayez une aussi belle récolte à vos deux fermes que nous avons en ce pays-ci. La moisson est déjà fort avancée, et elle se fait fort plaisamment ici au prix de la coutume de France : car on lie les gerbes à mesure qu’on les coupe ; on ne laisse point sécher le blé sur la terre, car il n’est déjà que trop sec, et dès le même jour on le porte à l’aire, où on le bat aussitôt. Ainsi le blé est aussitôt coupé, lié et battu. Vous verriez un tas de moissonneurs rôtis du soleil, qui travaillent comme des démons ; et quand ils sont hors d’haleine, ils se jettent à terre au soleil même, dorment un miserere et se relèvent aussitôt. Pour moi, je ne vois cela que de nos fenêtres, car je ne pourrais pas être un moment dehors sans mourir : l’air est à peu près aussi chaud qu’un four allumé, et cette chaleur continue autant la nuit que le jour ; enfin, il faudrait se résoudre à fondre comme du beurre, n’était un petit vent frais qui a la charité de souffler de temps en temps ; et pour m’achever je suis tout le jour étourdi d’une infinité de cigales qui ne font que chanter de tous côtés, mais d’un chant le plus perçant et le plus importun du monde. Si j’avais autant d’autorité sur elles que le bon Saint-François, je ne leur dirais pas comme il faisait : « Chantez, ma sœur la cigale » ; mais je les prierais bien fort de s’en aller faire un tour jusqu’à Paris ou à La Ferté, si vous y êtes encore, pour vous faire part d’une si belle harmonie. »

Jean Racine, Lettres d’Uzès, 1661.1662, le parefeuille (pages 120-121).

Lettres d'Uzès_DH(scan : agrandir l’image.)

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18 réflexions sur “À Uzès (Gard), sans vouloir mésuser [1]

  1. brigetoun dit :

    euh … j’aime bien les cigales mais de là à trouver qu’elles produisent « une si belle harmonie » (en outre c’est une musique qui demande chaleur de four)

  2. Arlette dit :

    Comme tout cela est bien écrit…et justement dame cigale est horripilante quand elle convoque la compagnie  » crin – crin « (pire que Glass)….. désolée

  3. J’ai déjà visité la librairie, j’y vais chercher maintenant ce livre ! Merci pour nous avoir fait connaître cette bonbonnière de lumière et cette place où les arcades plus basses que d’habitude créent un effet de « suspension » de la place même qui devient un véritable plateau de théâtre !

  4. Alex dit :

    Quel beau texte ! Comme il est piquant de le comparer au style des tragédies !
    Oui, j’étais enfant, on entendait les cigales, mais elles ont disparu avec la pollution – j’ai vu encore moissonner et vendanger à la main – mais les petits fermiers ont disparu avec le.progrès de la mondialisation –
    Effectivement, il y a eu de fortes canicules, relatées par les écrivains, du temps de Racine.
    Aussi des froids exceptionnels, la Seine avait gelé. Ce qui avait engendré bien des ruines.

  5. Francesca dit :

    La chaleur de four est rarissime à Paris et les cigales ne s’y risquent pas, alors le simple souvenir de leur chant m’est un plaisir exquis…
    Merci pour le cadeau du Glass que j’écouterai mieux ce soir et merci surtout de rappeler ces lettres de Racine : n’y a-t-il pas une plaque commémorative à Uzès ?

  6. Arlette dit :

    Merci Dominique …pour ce re….. mon souvenir était erroné, presque écorné par une autre pensée !! qui a fait bifurquer mon impression !!!
    Aïe ! un peu ardu de bon matin… « l’exemple » est bien choisi pour cette  » Madeleine »
    Amicalement AA

  7. J’en reste médusée !
    40 degrés sont prévus à Lyon aujourd’hui, peut-être que les cigales y trouveront refuge…

    • @ mchristinegrimard : l’adjectif s’imposait joliment !

      Racine a connu la canicule et le froid intense à Uzès. J’ai entendu les prévisions météo pour Lyon : les cigales vont pouvoir se retrouver pour un concert au musée des Confluences… 🙂

  8. pascale dit :

    La cymbalisation rend sourd ! et avec un tympan dans le tibia faut pas s’étonner … que les femelles cigales ne répondent plus. Le bon Saint François aurait pu chasser  » son frère cigale » comme on chasse vulgairement les mouettes, avec autorité😊

    • @ pascale : les chasseurs de sons vont se retrouver le bec dans l’eau avec la multiplication des voitures électriques. Heureusement, il reste les sonnettes des vélos et les cloches des autobus…

      • Alex dit :

        @ DH : les vélos autrefois avaient tous sonnette et rétroviseur. Ceux de la Ville de Paris en sont démunis, la nouvelle generation Y pédale en écoutant la musique de son téléphone, et est supposée avoir des yeux derrière la tête pour voir les voitures.

  9. @ Alex : les Vélib’ parisiens disposent bien d’une sonnette (heureusement pour les piétons !) mais pas de rétroviseurs : JC Decaux a dû penser qu’ils seraient sans doute rapidement vandalisés.
    Si le port du casque audio est désormais interdit, par contre les cyclistes peuvent maintenant brûler les feux rouges en toute légalité quand un panneau leur en donne l’autorisation…
    En tout cas, je préfère mon propre vélo avec son rétro à gauche (très utile), j’ai l’impression de conduire une voiture !

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