Archives du 08/08/2015

À Uzès (Gard), sans vouloir mésuser [2]

« On me fait ici force caresses à cause de mon oncle. Il n’y a pas un curé ou un maître d’école qui ne m’ait fait le compliment gaillard, auquel je ne saurais répondre que par des révérences, car je n’entends pas le français de ce pays, et on n’entend pas le mien : ainsi je tire le pied fort humblement ; et je dis, quand tout est fait : Adiousas. Je suis marri de ne les point entendre pourtant ; car si je continue davantage à ne leur pouvoir répondre, j’aurai bientôt la réputation d’un incivil ou d’un homme non lettré. Et je suis perdu si cela est ; car en ce pays, les civilités et les cérémonies sont encore plus en usage qu’en Italie. Je suis épouvanté tous les jours de voir des villageois, pieds nus ou ensabotés (ce mot doit bien passer, puisque encapuchonnés a passé), qui font des révérences comme s’ils avaient appris à danser toute leur vie. Outre cela, ils causent des mieux et pour moi j’espère que l’air du pays me va raffiner de moitié, pour peu que j’y demeure ; car je vous assure qu’on y est fin et délié plus qu’en aucun lieu du monde. Pour les jours, ils y sont les plus beaux du monde. Tous les arbres sont encore aussi verts qu’au mois de juin, et aujourd’hui que je suis sorti à la campagne, je vous proteste que la chaleur m’a tout à fait incommodé : jugez ce que ce peut être en été. »

Jean Racine, Lettres d’Uzès, 1661.1662, le parefeuille (pages 21-22).

place aux herbes_DH(Uzès, Place aux herbes, 27 juillet. La photo peut être agrandie.)

(Marc-Antoine Charpentier, Magnificat à trois voix, par William Christie et Les Arts Florissants)

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