Archives du 21/08/2015

« Amnesia », je m’en souviens, c’était mercredi soir

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Amnesia3_DH(Toutes les photos sont agrandissables.)

Le film Amnesia était présenté mercredi soir au Louxor, boulevard de Magenta à Paris (10e), par son auteur, Barbet Schroeder. Il s’est aidé de quelques notes pour, finalement, un peu trop résumer de A à Z l’œuvre que l’on allait découvrir ensuite.

Après More (1969) et sa célèbre musique des Pink Floyd, Barbet Schroeder est retourné sur l’île d’Ibiza filmer (l’entreprise lui a pris quatre ans) dans la même grande maison blanche qu’occupait sa mère à l’époque des « hippies », décrits ainsi par un plumitif anonyme sur Wikipédia :

« Les premiers groupes, pourtant très isolés de jeunes hippies, dépassant rarement la trentaine, ne passent pas inaperçus au cours de l’été 196386. Les habitants les nomment rapidement « los peluts », c’est-à dire « les chevelus ». Et ils se remarquent facilement, portant comme ailleurs souvent des bracelets voyants, des habits démesurément amples aux couleurs psychédéliques, des tuniques indiennes, des jeans unisexe. Ils maintiennent leur chevelure par des bandanas ou bandes de tissus colorées, Ces groupes hédonistes, parfois en oppositions larvés (sic) ou se disputant en longues discussions virulentes, sont des adeptes de fêtes planantes dans un climat de liberté et de promiscuité sexuelle, déambulent pieds nus ou en sandales et se déshabillent sans complexe87. Les hommes gardent très souvent une longue barbe. Hommes et femmes pratiquent le nudisme intégral sur la plage, jouent de la musique et du tambour en saluant bizarrement le coucher de soleil. Sans mentionner les prêches scandalisés des curés en chaire sur les bonnes mœurs universelles bafouées ou les récriminations haineuses incessantes des hôteliers face à de tels mauvais clients, dédaignant en retour leur service vicelard, basé sur le « fric » et squattant effrontément les plages communes, faut-il reprendre la diatribe métaphorique des journalistes locaux, affidés il est vrai au régime d’ordre en place, dans le Diario de Ibiza du 5 septembre 1963 : elle emploie les expressions « troupeau dégingandé et amoral », « déchet social », « scorie d’inadapté (re-sic) »88.

Le propos d’Amnesia – les paysages d’Ibiza sont magnifiquement saisis par Luciano Tovoli – est de montrer comment l’histoire du nazisme peut être l’objet de l’oubli (ou du révisionnisme) et réapparaître fortuitement à l’occasion de la visite des parents allemands d’un jeune musicien (DJ) que Martha (Marthe Keller, un peu mollassonne, et ne sachant visiblement pas utiliser le violoncelle dont elle fut une servante) a rencontré et qui tombe amoureux d’elle.

Le refus de la langue allemande – elle n’échange qu’en anglais et rejette la Coccinelle VW de son jeune ami en tant que signe persistant du pouvoir d’Hitler… alors qu’elle se déplace dans une 4L dont la marque fut lancée par un certain Louis Renault, qui fit preuve durant l’Occupation d’un comportement peu résistant – est son parti pris puisque ses parents ont fui avec elle en Suisse la montée du nazisme.

Max Riemelt (loué dans son introduction orale par Barbet Schroeder), qui interprète le jeune musicien allemand, paraît assez quelconque. En revanche, l’arrivée de Bruno Ganz, jouant l’ancien nazi qui prétend au début n’avoir eu qu’un rôle de « surveillance » de jeunes filles prisonnières dans une usine de munitions, créée une tension formidable et cet acteur, par sa présence incroyable, écrase tous les autres personnages (sauf Corinna Kirchhoff qui tient le rôle de sa fille).

Barbet Schroeder a voulu que son film, certes très personnel, soit musical : mais le résultat des sons « mixés » par son DJ débutant et le violoncelle de l’héroïne à la recherche de la vérité du passé, à la découverte de ce qui se cache derrière l’amnésie apparente des Allemands rencontrés (la boîte de nuit d’Ibiza où le jeune DJ « jouera » un soir s’appelle « L’Amnesia ») est faible, malgré la puissance sonore, et n’emporte pas le film vers des sommets comme dans l’inoubliable More (envie de le revoir, avec la merveilleuse Mimsy Farmer !).

Au final, Amnesia ressemble à un film bourré de bonnes intentions mais assez maladroit dans son interprétation principale, assez lourd dans sa démonstration (Martha finit par comprendre qu’il y a un homme chez l’ancien nazi), mais qui nous envoie une très jolie carte postale de cette île « branchée » des Baléares.

Barbet Schroeder a raconté mercredi soir aux spectateurs du Louxor qu’il avait vu ces pancartes à Ibiza : « Pour le coucher du soleil, suivez la flèche ! »

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