Louis Aragon et la rentrée littéraire

Aragon 9.8.15_DH(Photo prise le 9 août. Cliquer pour agrandir.)

Tout en conduisant, j’’écoutais hier soir sur l’autoradio et sur l’A1 (zeugme ?), l’émission de Jérôme Garcin Le Masque et la Plume, consacrée à la rentrée littéraire et aux cinq livres incontournables, parmi les 589 publiés, qu’il faudrait retenir : Eva, de Simon Liberati (Stock), Un amour impossible, de Christine Angot (Flammarion), La zone d’intérêt, de Martin Amis (Calmann-Lévy), La septième fonction du langage, de Laurent Binet (Grasset), D’après une histoire vraie, de Delphine de Vigan (Lattès).

Avant de partir à Uzès, je m’étais racheté Le Paysan de Paris, livre merveilleux d’invention et de poésie, écrit par Louis Aragon à l’âge de 27 ans, pour le relire au bord d’une piscine (non, ce n’était pas celle de la Villa Cavrois construite par Robert Mallet-Stevens !) : les pages en gardent le souvenir, elles sont désormais toutes gondolées.

« Pourtant, vous ne vous rendez pas compte de ma crédulité. Maintenant prêt à tout croire, les fleurs pourraient pousser à ses pas, elle ferait de la nuit le grand jour, et toutes les fantasmagories de l’ivresse et de l’imagination, que cela n’aurait rien d’extraordinaire. S’ils n’aiment pas, c’est qu’ils ignorent. Moi j’ai vu sortir de la crypte le grand fantôme blanc à la chaîne brisée. Mais eux n’ont pas senti le divin de cette femme. Il leur paraît naturel qu’elle soit là, qui va, qui vient, ils ont d’elle une connaissance abstraite, une connaissance d’occasion. L’inexplicable ne leur saute pas aux yeux, n’est-ce pas.
De quel ravin surgit-elle, par quelle sente aux pieds des arbres résineux, quel fossé de lueurs, quelle piste de mica et de menthe a-t-elle suivi jusqu’à moi. Il fallait à tous les carrefours, entre les mêmes perspectives répétées de briques et de macadam, qu’elle choisît toujours le couloir couleur orage pour, de sulfure en sulfure, délaissant des feuillages minéraux, des abricots pétrifiés sous les cascades calcaires, des fleuves de murmures où des ombres mobiles l’appelaient, enfin s’engager dans le défilé magnétique, entre les éclats de l’acier doux, sous l’arche rouge. Je n’osais pas la regarder venir. J’étais cloué, j’étais rivé à l’abstraite vie diamantaire. Il avait neigé ce jour-là. »

Louis Aragon, Le paysan de Paris, Gallimard 1926, Le Livre de poche 1966, Folio 1972 et 2013, N° 782 (pages 214-215).

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17 réflexions sur “Louis Aragon et la rentrée littéraire

  1. brigetoun dit :

    aime le billet, et aime surtout le paysan de Paris

  2. @ brigetoun : alors, tout est bien…

  3. Calypso dit :

    Un grand livre avec « Anicet » et les petites préfaces (ajoutées beaucoup plus tard par l’auteur) dans les rééditions « Folio » sont intéressantes. Nostalgie d’un Paris sans vidéo-surveillance et avec un « Certa » sans « happy hours » tarifées ! Et puis il y a « Le Traité du style », ne l’oublions pas, celui-là, non plus que « Le Libertinage ».

  4. Arlette dit :

    Grande méfiance sur le matraquage des nouveaux livres ils sont tous d’accord!!!!!! bizarre bizarre
    Reprendre les belles lignes toujours un régal , (idée de relire ce paysan là) Merci

  5. PdB dit :

    Zeugme !
    et Oxymore !!!

  6. Alex dit :

    Elle, c’est la plus belle, non, ce n’est pas encore Elsa, c’est Denise…

  7. Je me souviens avoir lu ce livre en 1972 à Huesca, dans la communauté autonome d’Aragon… Aragon piéton de Paris en Aragon, ça change tout, forcément

  8. Que de poésie en quelques phrases et de compliments que l’on aimerait lire
    « les fleurs pourraient pousser à ses pas, elle ferait de la nuit le grand jour »
    Aragon peint le réel de merveilleux.
    Rentrée littéraire ou pas, qu’il est bon de remettre ses pas dans les pas des grands qui nous ont montré le chemin.

    • @ mchristinegrimard : un bain de fraîcheur (sans compter ses promenades aux Buttes-Chaumont avec André Breton et Marcel Noll…).
      Il faudrait imaginer une « rentrée littéraire », chaque année, pour d’autres « incontournables » hors du temps médiatique !

  9. Francesca dit :

    Même dans la Quinzaine littéraire, qui n’est plus tout à fait ce qu’elle était, on nous sert les mêmes…
    Relire les anciens, oui, mais aussi se risquer dans certains nouveaux comme « La cache » de Christophe Bolstanski (neveu de Christian), journaliste, qui a écrit là son premier livre : grand livre fond et forme !

  10. @ Francesca : oui, la famille Boltanski n’est pas la famille Fenouillard !

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