Circulation banale rue du Temple, Paris (4e)

(cliquer sur l’image et le petit haut-parleur)

Je venais d’effectuer un saut trop rapide au Centre Pompidou où s’exposait Mona Hatoum, lundi soir c’était le dernier jour avant que ne se baisse définitivement le rideau (j’en reparlerai vraisemblablement un de ces quatre).

J’ai ensuite remonté la rue Rambuteau, je suis passé devant la librairie Les Cahiers de Colette – ses vitrines reflètent toujours ses choix de libraire engagée et lucide – et je suis allé attendre le bus 75 qui offre l’avantage de s’arrêter pile en face de mon immeuble, contrairement au métro.

Le panneau électronique annonçait 19 minutes d’attente interminable (en fait, le bus est arrivé environ six minutes seulement après le précédent qui m’avait filé sous le nez) : je me suis alors assis sur le banc et j’ai regardé l’écran de mon smartphone.

Au hasard, j’ai branché Vine et j’ai cadré, pour m’amuser, ce V à l’envers où défilaient sur l’écran carré ce que l’on voit filer habituellement : des cyclistes, des voitures, des piétons, alors j’ai déclenché en essayant de ne pas bouger et j’ai envoyé ça sur Twitter, sans escompter que cela puisse intéresser quelqu’un, ce qui aurait été contradictoire d’ailleurs avec la dénomination de la mini-vidéo.

Juste après avoir filmé ces rapides secondes de circulation, j’avais en effet écrit en titre sur l’image le qualificatif de « banale » en pensant à Hannah Arendt, même s’il s’agirait plutôt ici d’une sorte de « banalité du bien » (ou, sans doute, du « quelconque ») : uniquement des mouvements contradictoires, une sorte de petit théâtre qui se dédouble et dont l’absurdité apparente pourrait être cette absence d’originalité même, la répétition ou le retour du quotidien – on rentre du travail, des courses, d’un rendez-vous… – et cela se retrouve enregistré, en fin de compte, on ne sait vraiment pas pourquoi.

Histoire peut-être de s’occuper durant six secondes sur le banc désert d’un des abribus fraîchement relookés par JC Decaux.

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25 réflexions sur “Circulation banale rue du Temple, Paris (4e)

  1. brigetoun dit :

    de porter trace du quotidien (finalement le principal de nos vies)

  2. anna dit :

    fou ce qu’un petit cadrage de rue peut recéler de variations et de pensées…

    • @ anna : j’ai peut-être exagéré car ce Vine parlait tout seul, c’est comme si j’avais rajouté des sous-titres, mais j’ignore si c’est possible !

      • anna dit :

        non je pense que c’est vrai.. il faut y être attentif c’est tout

        @ anna : un simple regard peut métamorphoser les choses… D.H.

  3. gballand dit :

    Finalement quand on retire le « banal » du quotidien, que reste-t-il ? 😉

  4. nanamarton dit :

    D’après le TLFi, en droit médiéval, « banal » est utilisé « en parlant du bien commun dont les habitants du village ont la libre jouissance » : alors, bien d’accord avec vous, il faut le garder !
    Ici, comme dans beaucoup de villages, le four banal est utilisé pour confectionner des tournées de tartes au sucre et autres pizzas à toutes les occasions…

    • @ nanamarton : oui, ce four n’est pas « banal » et ce terme a différentes acceptions. Je n’y avais pas pensé en parlant de « bien » : merci (vous avez la chance de vivre dans un village original !).

  5. arlette dit :

    Les petits  » riens » qui sont très voyageurs… (viens de lire à la suite les derniers de Philippe Delerm en attendant un rendez-vous) « comme de belles raison d’habiter la terre »
    Régal en écho vers vous

  6. Francesca dit :

    Merci de ces « riens » qui peuplent nos vies et sont en fin de compte si importants.
    Ils constituent « L’infra ordinaire » cher à Georges Perec :
    « Ce qui se passe vraiment, ce que nous vivons, le reste, tout le reste, où est-il ?… Les journaux parlent de tout, sauf du journalier […] »

  7. Désormière dit :

    Dès la seconde où vous avez commencé à encadrer cet instant, il était destiné à sortir de la banalité. Je le regarde en boucle, et chaque détail apparu d’un cycle à l’autre, le rend unique. Notre imaginaire, à l’infini, peut goûter ce moment, comme, le soir, une fenêtre éclairée derrière un rideau, suggère l’énigme des existences d’inconnus.

    • @ Désormière : il est vrai que « la boucle » (pour une musique aussi ou un tableau ou une sculpture ou un visage…) ramène à chaque fois des détails inentendus ou inaperçus ! 🙂

  8. Alex dit :

    Urgent, faire parvenir quelques livres d’Hannah Arendt aux drigeants de Daesh !

    • @ Alex : ils les brûleront dès réception.

      • Alex dit :

        @ DH : ils auront donc deviné, par transmission de pensée, qu’Hannah Arendt les aurait désapprouvés !
        Personnellement, je désapprouve les bancs des abris-bus, conçus agressifs (!) pour empêcher les clochards d’y dormir, et sur lesquels il est impossible d’y rêver à la philosophie politique, tout en surveillant le cadran des minutes d’attente, bien souvent erroné. On est suspendu dans un inconfortable on-ne-sait-quoi.
        Le relookage (combien ça a coûté ?) de JC Decaux n’a rien changé.

  9. @ Alex : je doute qu’ils aient pu recevoir et comprendre la moindre « pensée »…
    Quant aux bancs des abribus, ils sont lisses et sans séparation, ce n’est pas comme leur absence quasi définitive dans le métro, remplacés qu’ils sont par des sièges individuels.
    Je ne sais pas néanmoins si le confort des clochards est vraiment le souci premier de Decaux (av. JC).

  10. alainlecomte dit :

    de grâce, pas de pub pour Decaux, non, non, non… 🙂

  11. PdB dit :

    très joli manège (presque le mouvement perpétuel…)

  12. @ PdB : mais comment s’asseoir dedans ?…

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