Le cimetière et la sculpture

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Ce que j’aime dans le film Cemetery of Splendour, du cinéaste Apichatpong Weerasethakul, c’est l’état de véritable hypnose dans lequel il plonge le spectateur, une sorte de rêve éveillé (voir le synopsis et la bande-annonce) avec des plans fixes de feuilles ou de ciel, de salle commune d’hôpital et de terrain vague retourné par des bulldozers sur les monticules duquel des gamins jouent au foot, l’amour entre deux femmes et la musique des paroles de celles qui ne dorment pas et contemplent les soldats étendus, atteints d’une étrange narcolepsie et partis dans des voyages roses et bleus.

Dans ce conte qui oscille, sans avoir l’air d’y toucher, entre la critique politique (l’hôpital comme un îlot de liberté aux paupières fermées dans l’océan de la dictature thaïlandaise) et l’envol onirique (les dessins mystérieux du sous-sol historique), la mise en scène d’Apichatpong Weerasethakul se faufile doucement, sans effets tape-à-l’œil, mais sachant saisir ici ou là le détail signifiant – la goutte d’eau qui envahit l’objectif de la caméra.

Ce film est sans doute soporifique (au sens opiomane du terme), mes deux voisins du dernier rang se sont d’ailleurs endormis pendant sa projection – il dure 122 minutes – et le deuxième en a oublié un paquet par terre (un sac en plastique contenant deux DVD), que j’ai ramassé quand la lumière est revenue ; avant de le remettre à la caisse, j’ai pris par hasard la même sortie que lui, je l’ai reconnu de loin et j’ai pu le héler :

– Monsieur, vous avez oublié ça au cinéma !

– Oh, merci ! Il faut dire que je m’étais endormi pendant le film !

En face du MK2 Beaubourg se trouve l’atelier Brâncusi (entrée gratuite) : on pourrait croire – pour rester dans un domaine proche également de la science-fiction – que le sculpteur donne ici même, par une sorte d’osmose de proximité, des leçons à distance.

Apitchapong2_DH(Ces photos, prises jeudi, sont agrandissables.)

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21 réflexions sur “Le cimetière et la sculpture

  1. brigetoun dit :

    un peu trop rudement encadrées les leçons de Brancusi (toujours eu nostalgie de la très ancienne installation dans le musée d’art moderne du temps où il existait)
    casse gueule le film mais me souviens que les compte-rendus de Cannes m’en avaient donné très envie, et vous confirmez

  2. @ brigetoun : à vous de voir…

  3. nanamarton dit :

    Beauté exotique de ce titre en anglais, qui rappellerait, comme en faible écho, la douce étrangeté du nom de son réalisateur…

  4. @ nanamarton : il est vrai que son nom n’est pas facile à retenir, même si lors d’un récent « Masque et la Plume », sur France Inter, l’un des critiques avait soufflé un moyen mnémotechnique plutôt amusant…

  5. gballand dit :

    On devrait s’interroger plus souvent sur ce qui nous pousse à dormir au cinéma… 😉
    Un film à potentiel soporifique que je n’irai donc pas voir vu ma tendance à l’endormissement.

  6. PdB dit :

    c’était quoi, les DVD qu’il avait laissés là, lui ?

  7. Dom A. dit :

    Le luxe de s’endormir au ciné, rêve éveillé les yeux écarquillés comme ceux de Roger Daltrey dans « Tommy » !

    • @ Dom A. : c’est l’effet que beaucoup de spectateurs (ou de critiques de films) resssentent. On peut croire que c’est volontaire de la part du réalisateur…
      Pourtant, la musique n’est pas de QUI tu sais !

  8. Alex dit :

    Merci pour le site de France Diplomatie, que j’ignorais.
    J’irai voir ce film de AW, j’aime tout ce qui nous vient d’Asie, un autre regard sur le monde… Une bonne confrontation pour les Occidentaux qui croient détenir seuls la civilisation et la bonne façon de penser.

  9. alainlecomte dit :

    j’ai vu aussi ce film, et j’en reconnais certaines des qualités (une poésie indéniable) mais… j’avoue que, si je n’ai pas vraiment dormi (c’était l’après-midi)…. j’aurais pu!

  10. Francesca dit :

    Les hypothèses de vie après la mort me laissent froide mais j’ai adoré Cemetery of splendour que j’ai même revu deux jours après,
    Ravie qu’il t’ait plu, ce beau film certes lent, mais dense et qui, du fait même de sa lenteur, laisse au spectateur le temps de voir, d’entendre, de penser ; et de rêver bien sûr.
    Normal que certains s’endorment puisque c’est la base de cette histoire hypnotique de dormeurs alités !
    J’essaierai d’en parler autour de moi quand j’aurai réussi à dire le nom d’Apichatpong Weerasethakul … 🙂

  11. @ Francesca : deux fois ? Quelle endurance, quand même !
    Le handicap du film, c’est bien le nom du cinéaste : mais on pourrait en dire autant d’autres réalisateurs, par exemple coréens (du Sud) ou chinois…

  12. La bande-annonce avec sa musique lancinante et cette atmosphère particulière, m’avait donnée envie de le voir et votre critique attise cette envie.

  13. @ mchristinegrimard : je l’ai bien aimé et je vous le recommande (même si quelques rares séquences sont un peu trop longues quand même) ! 🙂

  14. NP dit :

    Je n’ai pas du tout eu envie de dormir. Film lent, rythme de l’envoûtement. (vous parlez d’hypnose). Une belle actrice.

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