« Turbulences numériques 2/2 – Grand Soir », d’après le programme

Samedi 10, à 20 heures trente, le programme de la Philharmonie 2 (ex-Cité de la Musique) à Paris annonçait Turbulences numériques 2/2 – Grand Soir, avec notamment des œuvres de Karlheinz Stockhausen, Tristan Murail, Luigi Nono et Philippe Glass (revisité par Herman Kolgen, qui n’apporte absolument rien en faisant défiler des vues plus ou moins trafiquées des sommets de gratte-ciels new-yorkais durant l’exécution du Quatuor N°2 du compositeur américain),

Oui, déception : les dispositifs vidéos envahissaient presque toute la musique (comme si elle ne pouvait plus désormais se suffire à elle-même) et avec une pauvreté d’invention telle – des barres blanches sur fond noir et des spirales se déroulant et s’enroulant sur elles-mêmes comme une pauvre resucée d’un Vasarely tardivement découvert grâce à des images comme issues des années soixante-dix – que l’on s’efforçait de ne pas les regarder.

Les diverses interprétations ont souffert de cette « concurrence » sur grand écran, à moins que l’enthousiasme apparent manifesté par le chef d’orchestre Jayce Ogren, conduisant certaines pièces, n’ait pas réussi à convaincre ses musiciens.

La musique contemporaine est belle et forte quand elle emporte : là, elle se traînait derrière un « accouplement » qui faisait la plupart du temps (exceptés Stockhausen, Nono et Tristan Murail) plutôt peine à entendre et à voir, quand les pupitres étaient allumés à temps pour les interprètes, ce qui ne fut pas le cas pour l’œuvre finale (Thierry de Mey) lors de la deuxième partie de ce concert en-dessous de la ligne de flottaison à laquelle la Cité de la Musique nous avait habitués du temps où elle portait encore ce joli nom.

La troisième partie du concert (Jeff Mills/Jacques Perconte) n’a pas retenu notre présence ni donc notre attention.

Il ne s’agit pas, en l’occurrence, d’agiter des « turbulences » en forme de parallélépipèdes ou de torsades sur un écran pour atteindre l’espace numérique et musical : on compte sur une autre sorte d’horizon pour l’imagination ou un genre différent de titillation de la sensibilité des auditeurs.

Turbulences1_DH

Turbulences2_DH(librairie de la « Philharmonie 2 ».)

Turbulences3_DH(Clifford Brown, dans le bac des 33 tours.)

Turbulences4_DH

Turbulences5_DH(Hidéki Nagano, admirable interprète de « … sofferte onde serene… » de Luigi Nono.

Turbulences6_DH(Toutes les photos peuvent être agrandies.)

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19 réflexions sur “« Turbulences numériques 2/2 – Grand Soir », d’après le programme

  1. brigetoun dit :

    et mmmm… dommage (d’autant que si je comprends bien il n’y avait pas que la pollution par l’image..)
    heureusement : Stockhausen, Nono et Tristan Murail.. indemnes
    tenter de fermer les yeux ou de fixer la nuque devant vous en faisant abstraction du reste (regarder un point pour mieux entendre) solution ?

  2. @ brigetoun : il suffit en effet de fermer les yeux (dommage pour quelques interprètes !)…

  3. Calypso dit :

    C’est l’époque qui veut ça, on colorise aussi les « vieux » films, on ajoute aux films muets des musiques ineptes, etc.

  4. Arlette dit :

    Perturbations pour un  » plus » qui fait un moins géométrie nouvelle !
    même un peintre (charmante d’ailleurs ) pendant un concert exécute une abstraction à la Kandinski et perturbe l’écoute par sa seule présence !! ( j’ai d’ailleurs tout oublié ) si ce n’est le malaise

  5. @ Arlette : pas facile de trouver la mesure ad hoc ! Dans le cas de l’œuvre de Philip Glass, j’avais l’impression d’un parasitisme imposé… (le « créateur » de la vidéo était sur scène assis devant son micro et dodelinait de la tête pendant qu’on survolait, avec lassitude, un New York « recomposé »).

  6. Dom A. dit :

    (en réponse, je ne verrais qu’une manifestation muette des spectateurs, debout et agitant les bras comme des sémaphores) 😉

  7. Alex dit :

    L’art est basé sur l’émotion esthétique, pas facile de vouloir combiner les émotions visuelles et auditives. Certains peintres l’ont fait, comme Kandinsky ou Fautrier.

  8. Francesca dit :

    Quelle déception encore ! Une aussi belle salle, un beau programme musical, mais des inepties qui semblent devenir inévitables…

  9. Désormière dit :

    Et le créateur était là ? Il n’avait pas peur de se retrouver ligoté entre deux fauteuils ?

    • @ Désormière : Philip Glass n’avait pas fait le déplacement.
      Stockhausen et Nono (épargnés, sauf le premier illustré d’un astre ridicule se mouvant pesamment durant la partition, par la vidéo omni-présente chez Pierre Jodlowski, Andrew Norman, Thierry de Mey, Jeff Mills/Jacques Perconte) s’étaient faits porter pâles.
      Quant à Tristan Murail (Treize couleurs du soleil couchant) : « Manifestement, ici, l’image serait redondante – la musique se suffit à elle-même. » (extrait du programme !) 🙂

  10. gballand dit :

    Turbulences… dans le public aussi.

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