Pol(c)ar nordique — 2 —

J’étais heureuse, tout simplement.

Je me sentais transportée sur l’autoroute vers Dunkerque, le paysage s’assombrissait, toutes les voitures lançaient leurs phares, allumés automatiquement ou manuellement, pour signaler – comme un geste d’amitié en se croisant – leur passage de l’autre côté de la barrière centrale, et je suivais les feux rouges de celles qui étaient devant moi, je les dépassais allègrement, parfois je regardais en vitesse la tête du conducteur (on compte moins de conductrices, sans vouloir établir de statistiques), perdu dans son obligation de suivre la ligne.

Au bout de 70 km, je savais que je pourrais bifurquer vers Bray-Dunes et me trouver un gîte pour la nuit. Je me garais dans l’avenue qui mène à la mer, à la digue, au sable, à l’eau qui caresse.

Il me suffirait d’envoyer un SMS à Jean-Marc, pour lui dire que ce soir j’avais eu envie de partir un peu, au loin, respirer, ouvrir mes poumons, ma poitrine (mes « obus » comme l’avait écrit Apollinaire, mais il ne lisait pas de poésie) à d’autres frissons, évanescences et soupirs soupesés.

Avant de quitter Bailleul, j’avais fait le matin un détour par le CHR de Lille, où je devais retrouver quelqu’un. Sur le parking, j’avais été attirée par le bruit identique à celui d’un film de science-fiction (rotor, superman, croisements dans le ciel), mais ce n’était qu’un hélico qui décollait de là, comme s’il s’était garé parmi les voitures des « proches » allant visiter l’un des leurs dans cet hôpital moderne et labyrinthique, peut-être imaginé par Stanley Kubrick, en fait.

Ce soir, L’Hôtel des vagues me convenait tout à fait : vue sur la marée presque silencieuse, télévision à écran plat, et connexion Wi-Fi. Je pourrais m’amuser à « surfer » sur mon ordi portable, pas besoin de planche ni de combinaison autre (en soie) que celle que j’avais mise avant de m’étendre sur ce grand lit, enfin seule et libre.

Hélico_DH(photo prise à Lille le 16 octobre. Cliquer pour décoller.)

(Art Farmer, Alfie)

[ ☛ à suivre ]

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12 réflexions sur “Pol(c)ar nordique — 2 —

  1. brigetoun dit :

    je ne savais pas que c’étaient des signes d’amitié les phares des voitures croisées
    pour le reste vous nous tenez en suspens

  2. gballand dit :

    La narratrice a l’air bien trop tranquille. Quelque chose d’épouvantable ne va pas manquer d’arriver, peut-être justement à cause de sa combinaison en soie …

  3. Arlette dit :

    Elle lui prépare avec son ami …. du rendez-vous un tour dont il se souviendra

  4. anna dit :

    quand le sexe du je s’opère de façon polargicale normalement le lexique va finir par arpenter tous ses fonds de trottoir…j’attends 😉

  5. lanlanhue dit :

    quand je disais qu’il se passait qlq chose à Bailleul ! 😉

  6. Alex dit :

    S’échapper…du carcan des obligations… Aller au hasard… Vers l’absence de tout, la mer… Dormir enfin là où personne ne vous sait –
    C’est le plus grand des luxes.
    Je me sens en phase avec ce beau texte anonyme.

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