Bar du Cirque (1/2)

Le tiers livre et scriptopolis sont à l’initiative d’un projet de « vases communicants » : le premier vendredi du mois, chacun écrit sur le blog d’un autre, à charge à chacun de préparer les mariages, les échanges, les invitations. Circulation horizontale pour produire des liens autrement. Ne pas écrire pour, mais écrire chez l’autre.

La liste des participants de ce mois et la recension de l’exercice sont établies maintenant par eclectante, qui succède à Angèle Casanova, après la gestion d’anthologie qui en fut réalisée par Brigitte Célérier.

Aujourd’hui, j’ai le grand plaisir de publier ici un nouvel échange avec Nicolas Bleusher tandis qu’il m’accueille amicalement sur son blog Fictions & Confidences.

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BarduCirque-NB(L’image peut être agrandie.)

Autour de seize heures.

Trop tôt ou trop tard pour envisager autre chose qu’un… café, s’il vous plaît. Le garçon, lavette en mains, discute dans une langue étrangère avec une doudoune-bonnet-à-pompon accoudée au zinc.

Personne en salle.

Je me suis coincé derrière une table, au fond de l’établissement. Je n’ai pas voulu me percher sur l’un de ces tabourets en bois qui encerclent d’imposants tonneaux, dressés face au comptoir.

J’ouvre la tablette, tape à deux doigts sur le clavier virtuel : Bar du Cirque – Vases communicants – 21 décembre.

Écrire sur le motif.

Couleurs dominantes : le bistre, le marron, le vieux. L’authentique, comme dirait Marcel. Un boui-boui qui cultive l’ambiance cabaret avec quelques projecteurs orientés vers les consommateurs : du jaune, du rosé, du blanc. Du festif. Rien d’éblouissant.

Il y a des cadres au mur, des photographies en noir et blanc. Je suppose qu’elles sont en rapport avec l’illustre voisin. Je me demande ce qui a bien pu attirer l’attention de Dominique. Peut-être les drapeaux tricolores flottant bravement de part et d’autre de l’enseigne.

Le bar s’anime, tout à coup.

Une première famille s’installe, table opposée à la mienne, sous les cadres en aluminium. Père, mère, deux enfants.

— Vous en avez encore du Je-ne-sais-pas, Monsieur ?!

Amusement du côté des tasses empilées.

Nouvelles arrivées. On s’inquiète, sur ma gauche, billets en mains, du fait d’être ou non placé tandis que le percolateur siffle bruyamment la reprise des chocolats chauds. Sur ma droite, un vieil homme s’est juché sur un escabeau.

— Un café, Emilien ?

— Un café ? Pour quoi faire ? Ça m’endort, le café…

Coups d’œil furtifs.

Visage creusé, grands carreaux cerclés de métal fin. Les cheveux blancs, ondulés, la barbe courte. Dans une veste croisée, Prince de Galles, démodée. Chemise blanche et cravate noire, étoilée. Je remarque le pommeau de sa canne : une tête de lion, en bronze ou en doré.

Des enfants, encore, des ballons, des grands-parents debout, embarrassés, le garçon, affairé, qui me demande si je peux…

— J’allais m’en aller.

En rassemblant sac et imperméable, l’air compréhensif.

Je règle mon café au comptoir. Le vieil homme, lui aussi, a quitté son siège pour le sourire reconnaissant d’une maman. Il semble très à son aise au milieu de cette agitation. Le temps de me boutonner, je peux voir, sur le poignet droit de sa chemise, les lettres C et B brodées au fil noir.

B comme Bouglione.

Texte et photo : Nicolas Bleusher

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Une réflexion sur “Bar du Cirque (1/2)

  1. Alex dit :

    La grande famille des gens du cirque – cela fait chaud au cœur de les évoquer en ce premier jour de l’an – où tant de gens se retrouvent seuls –

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