Archives du 09/01/2016

« Signalétique à géométrie variable »

Dans cette commune des Hauts-de-Seine, on avait décidé de mettre en œuvre d’urgence un plan urbanistique qui puisse dissuader les actes terroristes, car il n’y avait pas de raison que ce genre d’événements soit limité à la seule capitale.

Tous les commerçants avaient reçu copie de l’arrêté municipal RF-AM-CM/124XB/070116-GS enjoignant de rendre incompréhensibles pour tout individu suspect, qu’il soit national, bi-national (voire triple-national), ou étranger à la ville, les enseignes des commerces et boutiques.

D’ailleurs, le seul vendeur de journaux avait déjà plié bagages (on aurait pu y trouver, horresco referens, Charlie Hebdo) et il fallait se déplacer jusqu’au Plessis-Robinson, dans un café-tabac sympa pour acheter, par exemple, Libération.

Ainsi, le fanatique ne jurant que par Daech et cherchant une arme au dernier moment (par exemple un fusil de chasse « spécial mécréants » avec des munitions ad hoc), ou une boîte d’Efferalgan et un paquet de lessive Dash, se trouverait bien embêté pour savoir à quel magasin se vouer.

Les façades nues des maisons devaient, selon le même document administratif, être recouvertes non pas d’un voile pudique mais de fresques chantant le bonheur de vivre ici ou là, sur la terre comme au ciel.

Enfin, le maire, Georges Siffredi, s’était souvenu qu’après l’entrée des troupes allemandes dans Paris le 14 juin 1940, certains panneaux indicateurs furent inversés dans le pays – voir les résistants du groupe Marland – et affichèrent des directions fantaisistes afin de désorganiser l’avancée et le bivouac résistibles de l’Occupant boche.

Ici, l’agglomération de Châtenais-Malabry était désormais parée contre toute éventualité. Déjà quelques maires de grandes ou petites villes étudiaient avec attention cette mesure sécuritaire – on n’en était plus à une près – afin de pouvoir la reproduire au seul bénéfice de leurs administrés dont la peur s’inscrivait,   depuis plus d’un an, sur les visages ravagés et dans les yeux fatigués par l’abus des écrans des chaînes de télé d’info continue.

Ainsi, la signalétique à géométrie variable était née. JC Decaux se demandait, la sueur perlant au front, pourquoi il n’y avait pas pensé plus tôt.

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Signal3_DH(Photos prises le 7 janvier à Châtenais-Malabry. Cliquer pour agrandir.)

(Steve Lacy, Alone Together)

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