Archives du 15/01/2016

Sur le fil ténu de la photographie argentique

Photo VC1_DH(photo prise le 13 janvier à 10:06.)

Coincé entre un marchand de fruits et légumes et une boulangerie, ce magasin de photo, sis à Viry-Châtillon (91), semble s’être soudain rétréci par on ne sait quelle opération architecturale : faut-il simplement frapper à la porte puis entrer dans une cour où, là, on découvrirait un vaste étalage d’appareils numériques, de caméras et d’accessoires ?

Je n’ai pas tenté l’expérience – même si j’ai traversé la rue dans le passage piétons qui y mène tout droit – car j’ai pressenti qu’il s’agissait ici seulement d’une sorte de trace « argentique » d’un commerce disparu, en même temps que les pellicules tombées (pas seulement sur les épaules du propriétaire) dans l’oubli et le « développement » sur papier des instantanés de famille, de voyages, de rencontres et de cimetières.

Le format s’était ainsi amenuisé, sur le fil ténu de la photographie argentique (détrônée par le smartphone à tout faire, et bientôt, en plus de la mini-imprimante accolée, l’expresso servi tout chaud ?) qui avait l’épaisseur de la toile (d’araignée), même si normalement celle-ci résiste au vent et à ses bourrasques fantasques.

Les deux « o » de l’enseigne « PHOTO » me regardaient droit dans les yeux, un peu comme s’ils m’adressaient un reproche vivant tandis que j’appuyais sur le bouton virtuel de l’écran de mon téléphone. J’avais donc un peu trahi moi-même ce passé, depuis une quinzaine d’années, dont il me restait – lorsque j’utilisais ma Cuvinox pour développer « le film » 6 x 6 puis 24 x 36, et l’agrandisseur et les trois bacs « révélateur », « bain d’arrêt » (j’adorais cette dénomination) et « fixateur » – encore la mémoire vive des gestes et des odeurs.

Pourtant, on peut toujours trouver des boutiques (notamment boulevard Beaumarchais à Paris) qui s’accrochent à ces boîtiers métalliques et à cette technique antédiluvienne et où il n’est pas question d’ordinateur, d’iPhoto et de disparition éventuelle de toute une base de données à cause d’un changement de logiciel plus performant.

Je garde encore des photos sur papier (d’une netteté parfois ahurissante) de mes parents, grand-parents et même ancêtres : immobilisés (« immortalisés » serait un peu prétentieux), le temps d’un 30e de seconde ou moins, dans leur jeunesse et leur élan vers l’avenir.

Ce pas-de-porte photographique et photographié n’a sûrement plus très longtemps à vivre : je le commémore donc, d’une certaine manière, avant que fatalement son grain (d’argent) ne meure.

photo VC2_DH(photo prise le 13 janvier à 10:07. Les deux peuvent être agrandies.)

(Philip Glass, The Photographer, A Gentleman’s Honour)

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