« Carol » (en or), un film de Todd Haynes

Le film Carol, de Todd Haynes, laisse un souvenir, une marque, un poinçon d’enchantement.

Parce qu’il possède un scénario – tiré du deuxième roman de Patricia Highsmith publié sous un pseudo et un autre titre à cause de la pruderie des années cinquante aux États-Unis – au flash-back subtil, parce qu’il est porté par deux actrices qui impressionnent (pas seulement la pellicule), parce que le cinéaste et son directeur de la photo, Ed Lachman, nous transportent avec grâce dans un temps révolu, parce que les idées d’avant-garde de cette histoire (l’amour entre deux femmes) nous font penser aux progrès toujours à conquérir.

UGC Distribution-Wilson Webb(Rooney Mara et Cate Blanchett. Photo UGC Distribution/Wilson Webb.)

Personnages complexes, Cate Blanchett (la bourgeoise quadragénaire, mystérieuse et fascinante) et Rooney Mara (la jeune employée du grand magasin, spontanée, volontaire et adorable avec son béret multicolore) sont attirantes et émouvantes toutes les deux. La première descendra de son piédestal (divorce, fuite en voiture avec son amante mais surveillance d’un détective privé qui révèlera le scandale, on est sous le maccarthysme allié au puritanisme), la seconde passera du stade de simple amateur de photographie à un job dégoté au « New York Times ».

Le charme du film de Todd Haynes qui déroule son fil sur une musique de Carter Burwell, par moments un peu copiée sur Philip Glass, tient dans la « reconstitution » à la fois des embûches rencontrées par un couple « hors normes » et dans celle de la société new-yorkaise d’alors.

L’apparent minimalisme du scénario se détecte en même temps que son non-dit (comme le type louche apparaissant dans le motel) avec calme et plaisir. La scène érotique principale est « soft » et belle : la blonde et la brune se « conjuguent » dans des couleurs douces et pâles, sans voyeurisme ou effets « modernes ». Les dialogues ne ressemblent pas à des phrases issues des feuilles dactylographiées d’un « dialoguiste » assermenté.

Les plans-séquences sont voluptueux, les inventions cinématographiques nombreuses (dans un café, le personnage joué par Cate Blanchett parle avec une amie sans qu’on puisse la voir elle-même le reste du temps). La pluie ou la neige enveloppent (c’est Noël et après) les héroïnes d’une présence parfois brouillée. Les pare-brises des automobiles essuient les éléments célestes. La caméra se glisse entre les gouttes. La collection de voitures « vintage » – des taxis jaunes avec leurs ailes rouges à la décapotable grise ou aux conduites intérieures noire ou marron glacé – est admirable : alors, au final, que demander de plus ?

Carol1_DH(Le Louxor, vu depuis l’écran, fin de la séance du 22 janvier.)

Carol2_DH

Carol3_DH(Paris, bd de Magenta, 10e, 21:40. Ces trois photos sont agrandissables.)

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19 réflexions sur “« Carol » (en or), un film de Todd Haynes

  1. brigetoun dit :

    et la reconstitution d’une époque très réussie dit-on

  2. gballand dit :

    J’ai tellement aimé  » Loin du paradis » que je n’hésiterai pas à aller voir celui-ci la semaine prochaine. Votre critique, d’ailleurs, nous y incite…

  3. Arlette A dit :

    avais aimé le jeu de Cate Blanchett dans Blue Jasmine…

  4. Anna2B dit :

    Belle invitation… Merci ! On m’avait conseillé ce film, maintenant je vais pouvoir par ce texte précis et sensible, l’apprécier sur bien des plans! 🙂

  5. walachniewicz dit :

    J’ai vu tremblé, littéralement, R Mara , d’amour, de tension contenue. FABULEUSE !

    • @ walachniewicz : Oui, je comprends qu’elle ait eu le prix d’interprétation à Cannes puisqu’elle est véritablement incroyable dans son jeu.
      Mais elle aurait pu le partager aussi avec Cate Blanchett (elles étaient forcément inséparables)…!!!

      • walachniewicz dit :

        Mara avait une sincérité tellement bouleversante qu’elle irradiait comme un puits d’énergie brute. J’ai retrouvé la même qualité de jeu chez Blanchett mais dans Blue Jasmine ;o)

        @ walachienwicz : elles se sont donc partagé les rôles (en or) ! 🙂 D.H.

  6. Zoë Lucider dit :

    J’écoute le Masque et la Plume en même temps que je lis ton billet. L’équipe est enthousiaste. Tu ne l’es pas moins, mais ton billet, on peut le lire et le relire. 🙂

    • @ Zoë Lucider : écouté par hasard jusqu’à 21 heures…
      Quelques petites restrictions, quand même, émises par nos critiques habituels, mais emportées par le souvenir de la vision elle-même du film (on est immergé totalement dans celui-ci jusqu’à la séquence finale)…
      Merci pour ton commentaire !

  7. PdB dit :

    très bien ce film (j’ai trouvé trop appuyés les regards et les yeux de la jeune femme, à la Audrey Hepburn, un peu) (mais c’est juste pour te contredire un peu) magnifique en vrai

    • @ PdB : oui, Audrey Hepburn, parce que c’est la brune affrontée (ou effrontée) à la blonde.
      J’aime ton esprit de contradiction – et désolé pour l’Air Nu, je ne pouvais venir…

  8. alainlecomte dit :

    je viens de voir ce film, effectivement admirable, avec un scénario en effet minimaliste une tension de bout en bout. Tout sonne juste. Et puis New York dans les années cinquante… wonderful!

  9. Martine Cros dit :

    Moi aussi, beaucoup aimé ce film, et le livre relu juste après. Comme quoi la trame d’une histoire simple peut remuer ciels et terres et que peu de mots savent faire frissonner l’eau des lacs intérieurs. Merci pour cette note!

  10. @ Martine Cros : merci pour votre passage (je n’ai pas lu le livre…) !

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