Les trois chefs d’orchestre, pour « Gruppen » de Karlheinz Stockhausen

(cliquer sur l’image – Matthias Pintscher, Bruno Montovani, Paul Fitzsimon – et le petit haut-parleur)

C’était samedi soir, à la fin du concert à la Philharmonie 2 de Paris (ex-Cité de la Musique), dont le programme proposait une œuvre de Jonathan Harvey, towards a pure land (2005), mélange plutôt baroque mêlant le passé de la musique occidentale « à la lenteur d’une agogique extrême-orientale » (page 4 du dépliant offert), puis une pièce de Bernd Alois Zimmermann, Antiphonen (1962), où l’invention joue à plein dans le déroulement de la masse sonore.

Là, c’est d’abord sous la direction de Matthias Pintscher, au costume très près du corps et aux chaussures originales (bandes croisées grises en remplacement, semble-t-il, des lacets).

Après l’entracte, ce fut Gruppen, la célèbre création (1955-1957) de Karlheinz Stockhausen dans laquelle il se lance à l’âge de 26 ans. Cette pièce pour trois orchestres – inaugurant, dit-il, « la musique spatiale tridimensionnelle » – fut représentée à Cologne en 1958 sous la direction conjointe de Pierre Boulez, Bruno Maderna et de lui-même (écouter ici une des interprétations).

Extrait du programme imprimé :

« Au-delà de la mise en scène des trois ensembles, c’est au sein de la musique même, de la composition au sens le plus spatial du terme, que réside l’aspect révolutionnaire de Gruppen. Le travail est concomitant de l’écriture de l’article « Wie die Zeit vergeht » (« Comment passe le temps », 1956), théorisation d’une échelle rigoureuse de douze durées et de son utilisation. Stockhausen pense ici le temps à travers le prisme rythmique, il pense une polytemporalité en superposant des tempos d’une précision stupéfiante et eux aussi échelonnés en douze vitesses allant de 60 à 120 à la noire. Ce contrepoint métronomique témoigne de l’obsession de Stockhausen pour les plus rigoureuses structures. Gruppen se présente comme un aboutissement de la courte vie de la série généralisée. La mathématique complexe employée par Stockhausen cohabite cependant avec une écriture instinctive dont il se réclame. »

(Coline Feler, élève de la classe des métiers de la culture musicale de Lucie Kayas au Conservatoire de Paris.)

Nous faisons donc face à l’orchestre numéro 1, dirigé tout au fond de la scène par Matthias Pintscher, tandis que deux autres orchestres latéraux, conduits par Bruno Mantovani et Paul Fitzsimon, s’intègrent à l’ensemble (109 musiciens au total).

Il ne fut pas besoin de mettre des boules Quies, proposées à l’entrée pour « la deuxième partie » du concert (un peu comme si on distribuait des lunettes noires avant de pouvoir pénétrer dans le musée Picasso !) pour écouter une nouvelle fois Gruppen.

L’ampleur de l’œuvre, ses sons parfois inouïs (les oreilles libres), ses espaces explorés demeurent et l’on se plaît à imaginer ce que pouvait être une pièce musicale d’avant-garde à l’époque et les effets qu’elle a produits et reconduit encore.

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Stock4bis_DH(Ce concert a été enregistré par France Musique.)

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Stock7_DH(Toutes ces photos, prises le 30 janvier, sont agrandissables.)

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12 réflexions sur “Les trois chefs d’orchestre, pour « Gruppen » de Karlheinz Stockhausen

  1. brigetoun dit :

    Oh oui encore d’avant garde…
    et ma foi le programme ne comprenait que des compositeurs aimés
    aurais aimé avoir vos oreilles 🙂

  2. Arlette A dit :

    Admirative ! comme la clef de sol dans le métro sur le mur d’en face

  3. Anna2B dit :

    Incitée par cette présentation, j’ai voulu découvrir le compositeur en écoutant sur You Tube un extrait de Gruppen. Ce qui m’a saisie dans ce passage, ce sont les individualités des instruments, en quête chacun d’une perfection du son qui voudrait pincer, saisir l’essentiel, le frémissement imperceptible de la vie, des vies. Impression d’un sous-bois où tout palpite… Fascinant.

  4. Alex dit :

    Fautrier a peint des tableaux sur une musique de Boulez.

  5. Francesca dit :

    Merci de ce partage musical délectable. Pendant ce temps, je lisais les textes lus par leurs auteurs qui se sont succédé toute la journée au Théâtre du Vieux Colombier pour dire leur engagement pour le climat.
    Cette journée « Le Parlement sensible » organisée par la Maison des Ecrivains et de la Littérature était initialement prévue à l’Assemblé Nationale devant les députés mais avait été annulée du fait de l’état d’urgence…
    L’urgence de faire quelque chose pour le climat demeure !

  6. @ Francesca : on se demande si, en période (pas finie !à d' »état d’urgence », il est bien raisonnable que des « manifestations » parlementaires aient encore lieu. 😉

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